Frédéric Boyenga-Bofala

Actualité

Du deuil et de l'espérance...


Frederic Boyenga Bofala, charnier de Maluku

Mes chers compatriotes,

Je sais que la découverte des fosses communes à  Maluku est pour nous une douloureuse épreuve de plus.

Ne terrifions pas nos âmes de vaines craintes, ne laissons pas non plus naufrager nos cœurs par les fantômes de la mort.

Ne réagissons pas sous l'empire de la colère, même légitime. Que la raison nous guide en ce moment de deuil.

L'espoir ne doit pas nous quitter. Avançons avec confiance vers le chemin de l'espérance que la Providence à  tracé pour la Nation congolaise tout entière.

C'est pourquoi je vous adresse ce message.

  

Message de l'espoir au nom du Congo Zaïre
et de son peuple et de tous ses morts
qui nous regardent passer avec l'indifférence des vaincus
devant les restes de leurs dépouilles
et continuer à  survivre sans combattre, et nous disent  :

 «  Passant congolais, toi qui vas à  Kinshasa, apprends au pays et à  la mère patrie que nous , martyrs congolais, morts de violence ennemie et dans l'indifférence totale de la Communauté internationale des nations civilisées, gisons ici dans nos terres orientales d'Ituri, de Kisangani, du Kivu et du Maniema, dans nos terres du Katanga, du Kasa௠et de l'Equateur, du Bandundu, du Bas-Congo et de toutes les contrées du Congo Zaïre dans des fosses communes, sans sépulture, humiliés par l'ennemi, trahis et abandonnés par certains des nôtres, mais fidèles à  la patrie et obéissants au devoir civique. Passant congolais, souviens-toi de ce que fut autrefois la patrie, n'abdique pas, continue à  combattre. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent et doivent faire venir la victoire   »

Peuple congolais, nous sommes nous-mêmes nombreux à  avoir éprouvé les blessures de notre pays, à  avoir connu le chagrin, la douleur des séparations, la présence de la mort, à  cause tout simplement de l'inimitié des hommes du Congo-Zaïre entre eux. Il faut transmettre, non pas cette haine, mais, au contraire, la chance des réconciliations que nous devons, il faut le dire, à  ceux qui dés 1959-1964, eux-mêmes ensanglantés, déchirés dans leur vie personnelle le plus souvent, ont eu l'audace de concevoir ce que pourraitêtre un avenir radieux, fondé sur la réconciliation nationale et sur la paix.

Nous devons honorer nos morts, nous devons nous réconcilier avec nos morts. Au Congo-Zaire nous avons le respect des morts, et plus encore lorsque cette mort s'identifie aux sacrifices pour la patrie. Nous devons nous réconcilier avec notre histoire et sans esprit de revanche.

Peuple congolais, écoutons le message qui émane des tombes au Congo-Zaire depuis 1960: la violence est une chose horrible! Gardons nous de l'oublier. Veillons à  ce que les générations futures ne soient pas confrontées à  nouveau aux larmes, au deuil et aux ruines. Renonçons à  ce qui nous sépare. Recherchons tout ce qui nous unit. Nous devons nous admettre pour nous unir, pour revenir ensemble à  notre source.

A tous les Congolais morts de violence et gisants dans les fosses communes, sans sépultures, nous leur accorderons, dans nos maisons et dans nos murs un monument et un nom. Nous leur accorderons un nom éternel, qui ne s'effacera jamais.

J'ai écrit ce message à  la Nation congolaise pour réveiller les mémoires et éveiller les consciences.

Frédéric Boyenga Bofala