Frédéric Boyenga-Bofala
Deuxième Partie

DEUXIEME PARTIE

Le règlement définitif de la crise des Grands lacs pour le rétablissement et le maintien de la paix et de la sécurité dans la sous-région, la pacification totale et la stabilisation du Congo.

La stabilisation et la pacification de la République Démocratique du Congo passe par le règlement définitif de la crise des Grands lacs et non par l'organisation des élections dans la précipitation inconsidérée pour légitimer un pouvoir qui a montré ses limites.

La situation à  l'Est du Congo est de plus en plus périlleuse. Après plus de dix années de turbulences, la crise qui déchire le Congo Zaïre s'enlise de manière sournoise, la situation de sa population ne fait que se détériorer, les conditions d'existence sont très pénibles, et aucun signe véritablement tangible ne permet d'espérer le rétablissement rapide et le maintien de la paix dans la Région des Grands Lacs, encore moins de voir s'amorcer le processus de reconstruction du Congo Zaïre et des régions dévastées.

En effet, en dépit de l'attention diplomatique et humanitaire dont il bénéficie, le conflit de longue durée qui se déroule depuis plus de dix ans dans l'Est de la République Démocratique du Congo, et plus précisément dans les régions d'ITURI et du KIVU, se poursuit avec son cortège de victimes civiles. Les conséquences humanitaires et sociales de cette crise sont aussi diverses que multiples. On peut déplorer particulièrement de graves violations des droits des femmes, des enfants et des jeunes, le recrutement et l'utilisation d'enfants soldats dans ce conflit armé, la violence sexuelle, l'exploitation des filles et des femmes et leur utilisation comme esclaves sexuelles, les déplacements forcés des populations, la destruction des services de base, en particulier des infrastructures dans les domaines de la santé et de l'éducation, l'insécurité alimentaire et la malnutrition qui s'ensuit, la dégradation de l'écosystème.

Allons-nous attendre passivement et assister indifféremment à  la continuation de l'horreur? Il faudrait que nous cherchions ensemble, avec les partenaires historiques du Congo Zaïre les solutions adéquates au dénouement de cette situation affreuse afin de restaurer les conditions de normalité dans notre pays et dans la Région des Grands lacs. On pouvait éviter l'enlisement de la crise des Grands lacs, si l'on avait préféré le dialogue, si l'on savait dominer les passions pour comprendre que le bien commun, c'est d'assurer la paix dans notre sous région. Je souhaite que ces écrits soient lus partout au Congo Zaïre, au Rwanda, en Ouganda, partout où l'on se déchire entre pays frères ou amis, ou qui devraient l'être.

Du mauvais rêve à  la bonne résolution

Après une décennie de monstruosité, une décennie tragique pour le peuple congolais, je me suis rendu compte que j'avais appris moi-même du malheur de mon pays de quoi alimenter toutes les guerres futures contre le Rwanda, l'Ouganda et quelques autres pays.

Et de la crise congolaise j'étais arrivé à  une conclusion effroyable: il n' y a qu'une possibilité pour le Congo Zaïre d'échapper à  sa tragédie macabre, c'est la destruction de l'Etat qui, de par la nature même du conflit qui saigne mon pays, sera toujours son ennemi mortel. Dans mon rêve tout était clair, lorsqu'un peuple humilié, déshonoré, comme le mien, voit que son existence toute entière est menacée par un ennemi, il ne doit avoir qu'un seul but, à  savoir: l'annihilation de son ennemi.

Le Congo possède sur sa frontière Est un inexorable, un ennemi mortel, qui se livrait, de plus en plus fréquemment, à  des provocations contre notre pays et qui n'aurait jamais lâché prise jusqu'enfin soit arrivé le moment favorable pour la balkanisation du Congo. On avait des raisons de craindre que cette éventualité ne fà»t inévitable et ne se produit rapidement avec l'instabilité politique au Congo.

Tout le monde aurait dà» comprendre, au moins à  partir de 1998, que le Rwanda poursuivait, avec une inflexible logique, même après la mort de Laurent Désiré Kabila et la conclusion d'une entente sans paix avec son successeur, les objectifs qu'il avait lors du déclenchement de la guerre des Grands lacs en octobre 1996. Car personne ne croira que le Rwanda, dans la lutte la plus décisive de son histoire, ait mis en jeu les moyens humains, matériels et financiers dont il n'est point riche, simplement pour recevoir des réparations, contrepartie des dommages subis. Toute la région du Kivu même ne suffirait pas à  expliquer l'énergie avec laquelle le Rwanda à  mener son offensive militaire, diplomatique et affairiste pour maintenir le Congo dans l'instabilité permanente, s'il ne s'agissait pas d'une partie d'un vaste programme de son avenir existentiel: démembrer le Congo Zaïre en une macédoine de petits Etats provinciaux, conquérir un espace vital pour le Rwanda, et cet espace nécessaire ne peutêtre recherché qu'à  l'intérieur des frontières Est du Congo. Le but de l'offensive rwandaise était claire: il s'agissait, certes, de la sécurisation de la nation rwandaise mais, surtout de sa propagation. C'est-à-dire, un problème de conquête d'espace vital pour le Rwanda et le moyen d'y parvenir: la déstabilisation permanente du Congo. Et tant que le conflit mettant aux prises le Congo Zaïre et le Rwanda consistera dans une défensive congolaise contre l'agression rwandaise, l'instabilité au Congo débouchera inéluctablement sur sa balkanisation.

Dans mon esprit, une lutte pour la liberté se devait d'être engagée et telle que le Rwanda n'en avait jamais vue de plus puissante; car, dès que la roue de la fatalité tournera, la conviction se fera jour dans les grandes masses congolaises que, cette fois, il ne s'agirait plus du sort de la région des Grands lacs, mais de l'existence ou de la fin de la nation congolaise. Ce sera la lutte du Congo pour son maintien, de la nation congolaise pourêtre ou ne plusêtre, pour sa liberté et son avenir. Ce que nos aà¯eux avaient conquis en répandant héroà¯quement leur sang pour l'indépendance du Congo, devait à  nouveauêtre gagné par la jeunesse congolaise. Et si cette lutte est menée victorieusement jusqu'au bout, alors notre pays reviendrait prendre sa place dans le cercle des grandes nations africaines, et le Congo deviendrait à  nouveau le puissant asile de paix dans la sous région. Ce rêve est certes, légitime. Mais guerre contre qui et pourquoi? Quand, oùet comment? Toutes ces questions je me les posai. Il était facile d'en rester au point où nous en étions. Facile de penser que l'on pourrait résoudre tous les problèmes par la force, par la violence, par la loi du plus fort. Et c'est précisément cette prise de conscience qui allait changer le fond de mon rêve, ma perception de la situation et le cours de l'histoire. Il fallait parler non plus de guerre mais de paix, non plus d'armement mais du désarmement, non plus d'inimitié mais de la réconciliation entre le Congo Zaïre, le Rwanda et l'Ouganda.
Et, c'est précisément parce que je me suis rendu compte, après une décennie de monstruosité, qu'il ne suffit pas de vaincre, que la force n'est pas nécessairement le droit, qu'une paix durable et le règne du droit international ne doivent pasêtre assurés uniquement par la force que je propose ce plan de paix avec la conviction qu'il mettra fin définitivement à  la crise des Grands lacs et rétablira la paix et la sécurité au Congo et dans toute notre sous région des Grands lacs.

Ce que le peuple désire, il l'espère et le croit. La grande majorité de la nation congolaise est depuis longtemps fatiguée de la perpétuelle insécuritéà  l'Est du Congo; il n'était donc que trop compréhensible que personne ne crà»t à  une solution militaire du conflit avec le Rwanda. Enfin, nous congolais, nous ne devions pas oublier que la guerre avec le Rwanda n'a jamais été dans nos intentions, et même que nous ne devions pas avoir honte d'avouer que nous apporterions à  tout moment notre coopération à  la réconciliation sous régionale.

Ma bonne résolution était donc faite. Il n'y a qu'une possibilité pour le Congo Zaïre d'échapper à  son encerclement, c'est le règlement définitif de la crise des Grands lacs. Et le moyen d'y parvenir consiste à  supprimer les causes de la persistance de l'insécurité, de l'instabilité et à  neutraliser tous ceux qui en tirent avantage.Nous devons donc prendre des mesures efficaces pour raccourcir la longue agonie de la crise des Grands lacs. Nous devons donc tuer cette crise dont il faut dresser sans tarder l'acte de décès.

En effet, atterré par le naufrage des négociations et par la tournure brutale et idiote que prenaient les événements dans la région des Grands lacs, je suis plus que jamais convaincu qu'il n' y avait pas de solution militaire à  ce conflit, et que la paix restait sa seule issue raisonnable. C'est pourquoi je propose ce plan d'action pour une paix globale dans notre sous région. Nous avons un intérêt légitime et stratégique à  assurer la stabilité de la sous région et à  encourager la paix entre nos nations, la justice et la réconciliation dans les pays des Grands lacs.

Je me suis déjà  clairement exprimé en faveur d'un calendrier de cinq ans pour réussir ce plan de pacification du Congo. Et, Personne ne contestera qu'il soit possible, en cinq ans, avec un plan stratégique et une perspective claire, de rétablir et de préserver la paix, d'assurer la stabilité et l'avenir à  l'Est du Congo et dans toute la région des Grands lacs. J'ai la conviction que ce Plan quinquennal nous permettra de sortir de l'engrenage de la crise des Grands lacs afin que notre peuple retrouve sa vitalité et sa cohésion

Dans le cadre de ce plan quinquennal nous avons arrêté une stratégie sur la façon de mettre un terme de manière responsable à  la crise congolaise et des Grands lacs.

Mais un plan d'action stratégique pour une paix globale au Congo qui a quelque chance de réussir ne doit pas chercher à  remplacer les différents modèles d'un règlement final, officiels ou officieux, négociés ces dernières années au niveau international, mais de montrer la voie susceptible de mener à  leur réalisation. En effet, depuis l'Accord de Lusaka jusqu'à  l'Accord global inclusif de SUN CITY en passant par des différentes résolutions du Conseil de sécurité, toutes les tentatives de régler la crise butent moins sur les éléments de l'accord que sur les aptitudes de ceux-ci et le manque de volonté d'y parvenir. Aussi bien, un plan de paix qui a quelque chance de réussir dans la crise des Grands lacs doit s'inscrire résolument dans le sillage de l'action du Conseil de sécurité dont il peutêtre un outil important de mise en œuvre. C'est un simple principe de réalité.
En effet, la persistance de cette crise met en évidence les limites de la diplomatie de la paix en vigueur et montre comment les seigneurs de guerre, en complicité avec certains pouvoirs politiques de la région, parviennent à  imposer leur volonté à  la communauté internationale. Au Congo beaucoup se posent une simple question: quel est l'objectif de la mission de l'ONU au Congo? Après tant d'années, se demandent-ils, pourquoi la MONUSCO ne parvient-elle pas à  rétablir, à  préserver la paix et à  stabiliser l'Est de la République Démocratique du Congo? La question est d'autant plus légitime que dans une expérience précédente qui remonte, certes, il y a cinquante ans, l'ONUC avait fait preuve d'une efficacité qui semble faire défaut aujourd'hui.

En effet, en 1960, malgré de sérieuses difficultés liées pour l'essentiel dans la coexistence dans un monde bipolaire, l'affaire du Congo avait représenté incontestablement la plus importante entreprise des Nations - Unies, depuis leur fondation; la plus grande opération en matière du rétablissement et le maintien de la paix et de la sécurité depuis la guerre de Corée. Il faudrait reconnaître qu'il y a cinquante ans l'Organisation de Nations   Unies avait fait preuve d'une vitalité qui lui manque cruellement aujourd'hui faute d'une doctrine d'action clairement affichée par le Conseil de sécurité dans la résolution de la crise qui déchire le Congo Zaïre depuis octobre 1996. Certes, le Conseil de sécurité a adopté depuis le 2 aoà»t 1998 diverses Résolutions et Déclarations sur le fondement du chapitre VII de la Charte, dans lesquelles il a affirmé la nécessité, au lieu de l'obligation, de respecter la souveraineté et l'intégrité du Congo Zaïre, condamné les massacres et autres atrocités et violations du droit international humanitaire commis dans ce pays, et, d'autre part il a exigé le rétablissement et le maintien de la paix dans la région des Grands lacs. Il est déplorable que les exigences prévues dans ces différentes résolutions n'aient pas été pleinement satisfaites ou même pas satisfaites. La cinquantaine des Résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies depuis 1999 et les 17 000 casques bleues déployés en RDC n'ont jusqu'à  présent ramener la paix, et qu'il est dangereux de poursuivre l'action empirique menée pour la stabilisation du Congo, actuellement dépassée.

J'estime pour ma part que l'erreur capitale, que le Conseil de sécurité ait commise, était de croire qu'il était possible, par le seul déploiement des casques bleus avec pour mission générale le maintien de la paix, de régler la crise à  l'Est du Congo. Je pense que sans une doctrine d'action en appui d'un plan contenant des objectifs précis pour rétablir et préserver la paix dans la région des Grands lacs, et d'une stratégie claire, il est difficile de pacifier et de stabiliser le Congo.

La présence de la MONUC depuis 1999, MONUSCO depuis le 1er juillet 2010, constitue à  cet égard une réponse encourageante mais insuffisante au regard du danger actuel. En effet, la MONUSCO est une mission de maintien de la paix ou du moins de stabilisation au Congo. Or pour maintenir la paix, il faut qu'elle existe ce qui n'est pas le cas actuellement au Congo. Comment peut-on, alors, parler de préserver une paix qui n'existe pas? Pour maintenir ou préserver la paix au Congo, il faut d'abord la rétablir. Qu'est ce qu'il faut faire, alors, pour rétablir et maintenir la paix au Congo? La simplicité de la question n'implique pas l'évidence de la réponse. Pour apprécier l'efficacité de l'action de la MONUSCO, il faut lui assigner des missions évaluables sur la base de critères objectifs. Il faut bien comprendre que des missions trop générales ou trop vagues comme  «maintien de la paix » ou  «stabilisation au Congo » ne pourront pas donner lieu à  évaluation.

Toutes les tentatives de pacification de la Région Est de la République Démocratique du Congo, entreprises dès 1996 et reprises de manière intensive à  partir de 1998 avec les différentes résolutions de l'ONU avec la mise en place de la MONUC en 1999, l'Accord de Lusaka et celui de Sun city, n'ayant pas donné des résultats attendus, les formes actuelles des actions mises en œuvre par la Communauté internationale pour le rétablissement et le maintien de la paix et de la sécurité dans l'Est du Congo doivent céder la place à  une nouvelle forme d'action plus active basée sur une nouvelle vision. Nous invitons la Communauté internationale et l'Organisation des Nations Unies au réalisme, à  des résolutions qui résistent à  l'épreuve du temps et à  une économie prévoyante de ses efforts dans le traitement du dossier de la crise des Grands lacs.

En effet, si l'on veut vraiment résoudre la crise des Grands lacs, rétablir et préserver la paix, stabiliser et pacifier le Congo, cessons de cultiver les chimères: sauf à  vouloir continuer dans cette voix sans issue. Dès lors la seule voie ouverte à  une solution radicale et définitive doit partir de la réalité pour mieux la subvertir et la transformer: la présence massive des armes à  l'Est du Congo, la détention de celles-ci par des groupes armés congolais et étrangers et même par des civiles, la prolifération des groupes armés, l'intense activité paramilitaire par ces groupes armés constituent des obstacles majeurs à  la réussite de la mission onusienne du rétablissement et de la préservation de la paix, de la pacification et de la stabilisation du Congo et de la région des Grands lacs. Il faut maintenant procéder à  l'élimination de toutes les armes, interdire toutes les activités militaires non autorisées dans cette région. En un mot il faut parler non plus d'armement, mais de désarmement total et de démilitarisation de l'Est congolais. Cette nouvelle action que nous proposons à  l'Organisation des Nations Unies, dans le cadre de notre stratégie globale pour le règlement définitif de la crise de Grands lacs, comporte donc deux volets.

Le premier volet de cette stratégie globale du règlement de la crise des Grands lacs concerne la nouvelle mission internationale pour le rétablissement de paix que nous proposerons au monde libre. Cette mission aura pour objectif: la démilitarisation et le désarmement complets dans l'ITURI et le KIVU.

Le deuxième volet concerne la réconciliation avec le Rwanda et la relance du processus global de l'intégration régionale. Le Rwanda d'aujourd'hui, mais aussi le Rwanda de toujours que l'histoire, la géographie, la culture ont indissolublement lié au Congo Zaïre. Nous devons créer une atmosphère propice à  résoudre, dans une entente cordiale, la crise entre le Congo Zaïre et le Rwanda et aussi avec l'Ouganda pour enfin pacifier toute la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale. Pour atteindre ces buts, il nous faut une stratégie d'ensemble plus solide et plus intelligente. L'objectif poursuivi par l'UNIR MN est de mettre sur pied, avec le concours déterminant de nos partenaires historiques, une opération internationale de reconstruction de la paix et de transition vers une solution définitive de la crise, dans des conditions qui n'excluent pas le recours à  la coercition, mais s'inscrivent dans un contexte fondamentalement pacifique.