Frédéric Boyenga-Bofala
La  Réconciliation Effective Avec Le Rwanda Et L’Ouganda

Chapitre 2:

La réconciliation effective avec le Rwanda et l'Ouganda sur la base de la stricte observation du principe de l'uti possidetis juris : un passage obligé pour la réussite du plan de pacification du Congo et de stabilisation de la région des Grands lacs

Forts de notre expérience d'acteurs politiques et d'observateurs engagés, nous avons fondé notre réflexion sur trois principes.

Le principe d'égalité. Un plan global de paix qui a quelque chance de réussir ne connaît ni vainqueur ni vaincu, ne sanctionne pas brutalement les comportements des uns et des autres, ne récompense ni ne punit aucune des parties. La paix sera leur récompense commune; la poursuite du conflit, leur malheur partagé. Telle est aujourd'hui ma conviction profonde. Comme, durant toute une décennie, il a été difficile pour nous de gagner la guerre, maintenant il nous faut, ensemble, gagner la paix. Et devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à  la nation congolaise et à toute la Région des Grands lacs, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui mérite d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison qui doit guider toutes nos actions.

Le principe de réconciliation effective. Cette réconciliation est un passage obligé pour une coopération intime dans le processus de pacification du Congo et de stabilisation de la Région des Grands lacs.Aucune barrière n'est trop haute pour ne pasêtre brisée. Les intérêts que nous partageons, parce que nous sommes liés par une proximité géographique, culturelle et linguistique, sont beaucoup plus puissants que les forces qui nous séparent. Aussi dans la perspective d'une paix intime entre nos nations, le langage de la peur doit céder la place à celui de l'espoir, celui de la confrontation à celui de l'association, celui de la menace à  celui de l'engagement. Nous avons la responsabilité commune de rétablir et préserver la paix dans notre sous région.

Je crois pouvoir dire avec force que je suis animé par une hantise : plus jamais de guerres entre nos Etats. Ces tragédies ne s'expliquent que par l'accumulation des haines ou bien des ignorances, par le refus d'un dialogue vrai, par une négligence totale de ce qui se passe autour de nous. Afin de préserver les libertés de l'individu, de bâtir les relations diplomatiques sur le respect de l'égalité souveraine de nos Etats, notre remède est simple : engager nos pays dans un engrenage de solidarités et de coopérations qui rende impossible le retour aux vieux démons. A cet effet, nous préconisons la mise en place d'une politique des alliances avec les Etats de la Région des Grands lacs à l'issue de ce conflit. Il s'agit d'une véritable « Ostpolitik » en direction du Rwanda, de l'Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie. Le Congo Zaïre partage ses frontières à l'Est avec ces quatre Etats. Les populations congolaises commercent volontiers avec les habitants de ces Etats limitrophes ; parfois même l'économie de certaines régions frontalières est intimement liée à celle du voisin. L'orientation vers l'Est ou politique de l'Est est donc fondée sur la volonté de bâtir une paix durable, mais aussi sur le sentiment que la reconstruction des régions dévastées ne peut résulter que d'un effort commun. Cette orientation vers l'Est doit rencontrer l'adhésion de tous les peuples de la région des Grands lacs. Il faut prendre garde de ne pas laisser s'installer chez les populations de cette région une sorte de refus de l'autre.

Le principe de réalité et d'utilité. Un plan de paix qui a quelque chance de réussir dans la crise des Grands lacs doit s'inscrire résolument dans le sillage de l'action du Conseil de sécurité dont il peut être un outil important de mise en œuvre. C'est un simple principe de réalité que je rappelle ici. La République Démocratique du Congo, le Rwanda et l'Ouganda n'ont normalement pas besoin d'un règlement imposé, c'est à eux qu'il appartient de négocier un traité de paix en bonne et due forme. Ce qu'il leur faut est un cadre politique, psychologique et sécuritaire réaliste qui permette aux parties d'échapper à  leur face-à -face stérile - un carcan diplomatique qui les force à négocier utilement. C'est à ce niveau que les rôles de l'Organisation des Nations Unies et de l'Union Africaine sont déterminants.

La négociation et la conclusion d'un traité de paix et d'amitié entre la RDC, le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi, sous l'égide de l'ONU et avec le concours de l'UA, de la SADEC, de la CEEAC et de l'UE

A l'issue du conflit, notre objectif est qu'il s'instaure un partenariat constructif entre les Etats des Grands lacs. J'invite l'Organisation des Nations Unies à organiser sur la base d'une résolution du Conseil de sécurité, avec le concours de l'Union africaine, la SADEC, la CEEAC et l'Union européenne une Conférence internationale sur la paix, la sécurité, la réconciliation, la démocratie et le développement dans la Région des Grands lacs qui déboucherait, entre autres choses, sur un pacte de stabilité régionale, sur la sécurité et la défense. Nous invitons ces organisations à intervenir de manière vigoureuse dans le processus de rétablissement et de maintien de la paix dans la Région, d'user de toute leur influence pour obtenir la conclusion d'un accord de paix négocié qui soit équitable pour toutes les parties, et qui impose le respect de l'intégrité territoriale ainsi que de la souveraineté nationale du Congo Zaïre. Cette Conférence doit faire partie des dispositions de la Résolution que nous sollicitions pour le rétablissement et la préservation de la paix dans la Région des Grands lacs.

Pour y parvenir, je propose à l'Organisation des Nations Unies de nommer un Haut Médiateur, une personnalité d'envergure internationale de haute moralité et de crédibilité incontestable, disposant d'une expérience certaine et dont le rôle devra consister à concilier les prétentions opposées et à apaiser les ressentiments qui pourraient se produire entre les Etats.

Ce Haut Médiateur aura pour mission de rétablir un contact véritable et sincère entre les Etats. Il s'agit en l'espèce de rapprocher les Etats, d'instaurer un dialogue et conduire des négociations entre les Etats. Grâce à  l'action du Haut Médiateur, de véritables négociations pourront reprendre entre les Etats antagonistes et déboucher sur un règlement pacifique de la crise.

Au-delà d'une reprise de contact, j'invite le Haut Médiateur à proposer aux Etats impliqués dans la crise de la Région des Grands lacs le projet de Traité sur la paix, l'amitié et l'entente cordiale, et de convoquer à cette fin, une Conférence intergouvernementale sous les auspices de l'Organisation des Nations Unies.

La signature de ce traité de paix représentera une contribution majeure à l'objectif commun de renforcement de la sécurité et de la stabilité dans la Région des Grands lacs et en Afrique centrale en général. Cette évolution doit faire partie d'un processus continu de coopération dans l'édification des structures d'une sous région plus unie.

Le contenu de ce traité de paix sera simple. Les Etats doivent affirmer la fin de l'ère de division et d'affrontement qui a duré plus d'une décennie et s'engager à  l'amélioration de leurs relations.

Ils prendront l'engagement commun en faveur de la démocratie pluraliste, de l'état de droit et des droits de l'homme, qui sont essentiels à une sécurité durable dans la sous région.

Ils déclareront solennellement qu'au début d'une nouvelle ère dans leurs relations, ils ne sont plus ni ennemis ni adversaires, établiront de nouvelles relations de partenariat et s'offrent mutuellement leur amitié.

Ils affirmeront leur obligation et leur engagement à s'abstenir de recourir à la menace ou à l'emploi de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique d'un Etat, de tenter de modifier des frontières existantes, et d'agir de toute autre manière contraire aux buts ou aux principes de ce traité de paix. Aucune de leurs armes ne sera jamais utilisée, sauf en cas de légitime défense ou d'une autre manière conforme à la Charte des Nations Unies. Ils devront reconnaître que la sécurité est indivisible, et que la sécurité de chacun de leurs pays est indissociablement liée à la sécurité de tous les Etats de la sous région.

Ils s'engageront à ne maintenir que les potentiels militaires nécessaires pour prévenir la guerre et assurer une défense efficace. Ils tiendront compte du lien entre les capacités et les doctrines militaires.

Ils prendront l'engagement de œuvrer pour l'intensification des contacts politiques et militaires entre eux, afin de favoriser la compréhension et la confiance mutuelles.

Ils prendront l'engagement de contribuer à la conclusion des accords de limitation des armements et de désarmement, qui renforcent la sécurité et la stabilité dans la Région des Grands lacs. Ils s'engageront à poursuivre le processus de renforcement de la paix et de la stabilité dans la sous région par la limitation des armements.