Frédéric Boyenga-Bofala
En Mémoire De Tous Les Nôtres

En mémoire de tous les nôtres

La République Démocratique du Congo est-elle vraiment condamnée au déclin politique, ou même à sa disparition programmée ? Voilà une question qui n'arrête de perturber la quiétude de mon âme. Je pense qu'il n'y a rien de plus terrible que l'immense tragédie que vit le peuple congolais depuis une décennie à la suite du génocide au Rwanda.

Si vous prêchez pendant dix longues années que les Congolais sont des incapables et inaptes à diriger leur pays et que le peuple congolais se résume en bière, argent et femmes, il s'ensuivra logiquement qu'on acceptera comme un phénomène politique normal le fait d'imposer à la direction des institutions politiques congolaises des hommes sans envergure et un phénomène naturel le fait de violenter, de tuer des congolais parce qu'ils constituent un groupement humain inférieur et donc sans destinée. Telle est la réalité au Congo Zaïre depuis le déclenchement de la guerre dans la région des Grands lacs.

Depuis cette période le Congo Zaïre est devenu une terra nullus, laissée au libre accès de tout le monde, à la libre exploitation par l'« humanité affairiste » comme le serait le patrimoine commun de l'humanité, alors que le principe jurisprudentiel de l'uti possidetis juris se devrait de lui garantir l'intangibilité de ses frontières et lui assurer la pleine exercice de sa souveraineté territoriale et l'exploitation exclusive de ses ressources naturelles du sol et de son sous-sol.    

Et dans ma poignante inquiétude je me demande : à quoi bon être peuple et nation, à quoi bon être un pays souverain si vous n'avez plus aucune prise sur votre destin national ? Il y a quelque temps vous étiez un peuple libre et vous voilà soumis. Et vous ne savez même pas à quoi, car le maître n'a pas de visage. On a seulement l'impression qu'il y a une main invisible contre laquelle on ne peut rien. De prière en prière vous n'avez aucune réponse. Aucun peuple au monde ne peut accepter cette impuissance.

Le but pour lequel je combats depuis une décennie le régime actuel au Congo est tellement simple dans son énoncé que « l'homme politique congolais du type courant » croit qu'il relève d'une vision onirique : c'est la réappropriation, la sécurisation et la sauvegarde de l'intégrité de notre espace territorial vital proportionné à la grandeur de notre pays le Congo Zaïre, c'est la liberté et l'indépendance de notre peuple, c'est le rétablissement de l'honneur de la nation congolaise qui, malgré la congolophobie de nos détracteurs, existe, ou mieux, devrait exister, car un peuple sans honneur perd généralement tôt ou tard sa liberté et son indépendance, ce qui, d'ailleurs, correspond à une forme de justice naturelle, car la génération d'hommes sans honneur qui dirige le Congo ne mérite aucune liberté. Et un peuple qui veut être un lâche esclave ne peut avoir d'honneur, car un tel honneur deviendrait, dans le plus court délai, l'objet du dédain général.

Naturellement, un peuple qui a perdu tout sentiment de l'honneur et toute force de caractère ne pense plus à sa liberté. Notre peuple congolais, aujourd'hui brisé et gisant, et livré sans défense aux coups de pieds du reste du monde, a justement obligation de retrouver son honneur par un noble combat d'esprit et d'intelligence. Il a besoin de cette force que donne la confiance en soi pour ne plus subir les atrocités.
Dans son communiqué de presse n° 015 du 21 mai 2003, l'Association Africaine de Défense des Droits de l'Homme, ASADHO, a relevé et déploré le maintien en détention des prisonniers politiques et d'opinion ainsi que la disparition de plusieurs d'entre eux, en dépit de la mesure d'amnistie promulguée par le Chef de l'Etat en date du 8 avril 2003.

Au cours d'une enquête qu'elle a effectuée dans la prison de Buluwo dans la province du Katanga, l'ASADHO a constaté avec inquiétude que sur 222 détenus confinés dans ce centre concentrationnaire, plusieurs prisonniers politiques et d'opinion sont illégalement et inhumainement détenus notamment le groupe de 16 personnes transférées le 05 mai 2003 de Kinshasa où elles étaient détenues depuis la première quinzaine du mois de février de la même année à  la DEMIAP intérieure.

Ces personnes, composées pour la plupart des ex Forces Armées Zaïroises et des éléments de l'ancienne Garde civile ainsi que quelques civils en exil à  Brazzaville en République du Congo et d'autres trouvées sur place à Kinshasa dont «la plupart sont des ressortissants de la province de l'Equateur, seraient accusées de s'être infiltrées à Kinshasa avec l'objectif de porter atteinte aux institutions légalement établies ».

Des témoignages recueillis auprès de ces déportés sont que bon nombre sont des membres d'un parti politique dénommé « Union pour la République Mouvement national (UNIR MN) » dont le Président s'appelle Frédéric Boyenga Bofala résidant en France et qui était venu pour les circonstances à  Brazzaville où il avait rencontré monsieur ELUMBA MBOMBO, éditeur d'un journal. Ce dernier aurait reçu une somme de six mille dollars américains qui devrait servir à l'implantation du Parti à Kinshasa en République Démocratique du Congo ».

Lors de leurs arrestations, les agents de la DEMIAP ont ravi les trois mille dollars restants et les 16 déportés étaient enfermés dans des cellules non éclairées, sans droit de sortir, ni de se baigner. Il s'agit de : Elumba Mbombo (civil), Ndenge Maurice (Garde civil), Ebeka José (militaire), Mwanda Nvulu (Garde civil), Nzapa Kosioto (militaire), Mupe Mbambala (militaire), Mukenge José (militaire), Alongileka Dukuma (civil), Gbate Dieudonné (civil), Tangele Bisako (civil), Desawe Roger (civil), Tabala Raphaà«l (civil), Mbashi Bangada Rumaliza (militaire), Ibenge Lima (militaire), Kawula Gbali (militaire) et Nzoye Regina Roger (policier).

Certains de déportés ont également déclaré «qu'au départ ils étaient au nombre de quarante et une (41) personnes, mais que les vingt-cinq autres dont ils se sont souvenus vaguement les noms ont été extraits du lieu de détention le 23 février 2003 à 23 heures par une équipe composée du Colonel YAV, Capitaines LOUISON, INGELA, SPIROU et SWEDE, Lieutenants DIMMY et CABIN et le chauffeur COBRA. Depuis lors, ils sont portés disparus. Il s'agit notamment de : Lieutenant Jules Biakindo, Adjudants Nganu Roger, Takoni et Salma, Sergent Major Ebende et les civils Bola, Mosolo, Amisi, Youssouf, Nzuzi, Asambwa, Selembe, Tutu Michel, Lihau, Enzole, Kombo Wali ».

Les hommes dont les noms sont cités ci-haut ont subi des persécutions pour leur appartenance à  l'UNIR MN, beaucoup parmi eux ont été exécutés pour leur fidèle croyance en la résurrection de notre Patrie Congo Zaïre. Aussi, comme leurs familles respectives plongées dans l'angoisse depuis leur disparition, je porte un deuil dont le retrait ne se fera qu'après notre victoire écrasante sur l'Ennemi. En leur souvenir et, en mémoire de tous les congolais et de tous les membres de notre Parti, victimes de ces atrocités qui font horreur et/ou disparus dans cette tragédie macabre, je dédie, en révérence à l'ordre philosophique auquel j'appartiens, cet ouvrage, afin que leur martyre rayonne constamment sur nos partisans et sur tout le peuple congolais.

Toutes les persécutions subies par les partisans de notre mouvement, sans que la grande masse populaire congolaise s'en aperçoive, toutes les imputations calomnieuses, toutes les trahisons dont l'UNIR MN fut l'objet n'ont rien pu contre elle. Grâce à la justesse de ses idées, à la sincérité de ses intentions pour le Congo, à l'esprit de sacrifice de ses partisans, elle est sortie plus forte de toutes les épreuves.

Si, au milieu de l'anarchie politique actuelle en République Démocratique du Congo, l'UNIR MN se rend de mieux en mieux compte des raisons profondes du combat occulte qu'elle mène depuis une décennie pour la renaissance de notre patrie et s'organise en conséquence, si elle sent qu'elle constitue l'alternative valable et crédible à la voyoucratie présidentialiste instituée depuis l'Accord Sun city, elle doit, avec une rigueur quasi mathématique et une détermination implacable, remporter la victoire. De même, le Congo Zaïre doit nécessairement recouvrer la situation qui lui revient en Afrique, s'il est gouverné et organisé d'après les mêmes principes, pour devenir un jour une des locomotives du développement économique et social de notre sous- région.

Dans cet ouvrage, je dirai au peuple congolais tout ce que je crois vrai au risque de lui déplaire, au risque de le choquer, au risque même d'apparaître en désaccord avec tel ou tel de mes compagnons. Avant, il y avait un langage secret qui n'était plus crédible désormais. Même le silence a une fin dit-on.

L'histoire de la crise congolaise confirme ce que l'Histoire prouve par maints exemples qu'un peuple qui a mis bas les armes, sans y être absolument contraint, aime mieux par la suite, accepter les pires humiliations et les pires exactions que tenter de changer son sort par un nouvel appel à la force légitime. Le cours qu'ont pris les événements depuis février 2001 à l'arrivée au pouvoir du fils de Laurent Désiré Kabila, prouve que l'espoir d'obtenir, par une soumission volontaire, la grâce des vainqueurs a exercé en République Démocratique du Congo la plus funeste influence sur les jugements politiques et sur l'attitude des masses. Je ne cesserai pas de dire que l'instabilité de la situation politique au Congo Zaïre est aussi et surtout la conséquence de l'irresponsabilité, de l'incivisme, de l'inculture politique, de l'obscurantisme idéologique et de la compromission d'une certaine élite congolaise. Entre la résistance à la facilité et le confort dans le déshonneur, elle a choisi le confort dans le déshonneur. Mais s'agit-il d'un libre choix en âme et conscience ou d'un choix par contraintes des réalités existentielles ? Cette question se pose et je suis d'une prudence de renard pour me lancer dans la critique simpliste. Mais quelque explication que l'on puisse donner, une chose est sûre la ruine du Congo Zaïre est un effrayant exemple de la lente agonie d'un peuple désabusé et puis consommé par ses propres fautes et turpitudes.

Sinon, comment peut on expliquer qu'un obscur enfant soldat venu d'outre lac, n'ayant aucune filiation patriotique avec notre pays et ignorant tout de notre nation a pu parvenir à demeurer dix ans à la tête du Congo placé par les Accords de Sun City sous le contrôle de la Communauté internationale ? Je cherche à  comprendre ce qui peut expliquer un tel miracle d'outre tombe. Et au-delà de l'humanité sans mystère, de là où voguent les âmes de ceux dont le passage sur Terre a été marqué par la lutte pour la libération de leur peuple, ceux dont ce passage a été marqué par leur appartenance à la nation congolaise, par leur lutte ensanglantée pour la libération du Congo, s'interrogent également avec amertume sur l'origine de ce miracle. Hasards, complaisances, convergences ou complicité ? Par quelle alchimie un tel miracle fut-il possible ? Je cherche à comprendre, et je laisse aux historiens le soin de chercher et d'établir la vérité. Je peux, du moins, affirmer que l'enfant soldat n'est pas le fruit isolé d'un accident de l'histoire. Il n'était pas seul, on l'a aidé. On l'a aidé et on lui a permis l'ascension au pouvoir suprême au Congo, parce qu'on ne pouvait trouver un meilleur allié pour tenir notre peuple en esclave  ; il est toujours prêt à acquitter volontairement tous les tributs qui lui sont imposés et à signer toutes les renonciations de souveraineté qu'on lui exige pour conserver son pouvoir. Il a la sympathie d'une partie du reste du monde, comme tout être faible est préféré, par ceux qui se servent de lui, à un homme de caractère. C'est à cette seule raison qu'il doit son pouvoir. Il faut pour le comprendre, remonter l'histoire du Congo Zaïre après la tragédie du Rwanda qui a déclenché ce qu'on appelle la crise des Grands lacs. Mais tel n'est pas l'objet de cet ouvrage. Le jour viendra et peut-être bientôt où il sera possible de faire la vraie lumière sur les intrigues menées au Zaïre depuis octobre 1996 en faveur d'un conglomérat d'aventuriers pseudo congolais au service de l'axe Rwanda-Ouganda, pour lui livrer la domination du Congo Zaïre en détruisant de leurs propres mains tout l'édifice de notre nation. Après quatorze années au pouvoir qu'ont-ils fait sinon claironner qu'ils ont chassé Mobutu du pouvoir, sans jamais réussir à  remobiliser le pays et en participant à l'affaiblissement graduel de l'existence souveraine du Congo Zaïre et de sa place en Afrique et dans le monde ?

Le rôle du chef de l'Etat n'est pas de créer le désordre, mais d'harmoniser les inévitables contradictions commandées par l'évolution d'un grand peuple pluriel.

Présider une République comme la nôtre ne s'improvise pas. Il y faut une connaissance approfondie du pays, une passion pour ses habitants, des compétences administratives et juridiques exceptionnelles, une analyse rigoureuse des enjeux stratégiques du temps, une considérable capacité de travail, une grande mémoire. Et aussi du caractère, une grande maîtrise de soi, une faculté d'anticipation, quelques repères moraux, une disposition à reconnaître ses erreurs et à  changer d'avis ; enfin, et peut-être surtout une vision du pays et du monde, et un projet suffisamment fort pour se permettre d'être indifférent aux critiques en acceptant, si nécessaire, une impopularité [1] même provisoire.

Depuis maintenant une décennie, l'actuel Chef de l'Etat a dirigé la République Démocratique du Congo sans repères, sans esprit des lois. Il avançait au flair. D'une crise à l'autre, il prétendait construire un Etat au Congo, ignorant qu'il n'a réussi qu'à sacraliser l'aventure. A l'évidence l'actuel Chef de l'Etat congolais fait partie de cette catégorie de personnage politique, né de circonstances dramatiques et qui, « sauveur » éphémère, est devenu la racine même de la crise congolaise, un durable perturbateur d'un certain ordre légal républicain hypothétique institué par l'Accord global et inclusif. Il appartient à cette catégorie d'hommes politiques singulière qui ne s'épanouit que dans l'orage et la tourmente et que sécrètent les temps du malheur.

La promulgation au mépris du Peuple congolais de la loi révisant la Constitution du 18 février 2006 atteste que le fils de Laurent Désiré KABILA est incapable d'accomplir son devoir de « veille(r) au respect de la Constitution ».

- Alors même que le Constituant de 2006 avait anticipé le risque de violation de la Constitution en interdisant la révision de certaines dispositions réputées sacrées et intouchables aux fins de « préserver les principes démocratiques contenus dans la (…) Constitution contre les aléas de la vie politique et les révisions intempestives », le successeur de Laurent Désiré Kabila et ses complices n'ont pas hésité une seule seconde à défier la volonté et le souhait du peuple congolais, seul légitimement habilité à se prononcer sur cette révision par la même voie procédurale que celle par laquelle il avait été saisi en 2005 pour l'adoption de cette même Constitution. Par ce faire, l'actuel Chef de l'Etat a incontestablement violé le principe du parallélisme de forme et de compétence qui imposait la consultation préalable du Peuple congolais, source primaire et exclusive du pouvoir. Ce faisant, la révision de l'article 71, qui désormais prévoit l'élection du Président de la République  « à la majorité simple des suffrages exprimés », devient un motif de « contestation de la légitimité des institutions et de leurs animateurs », option que voulait plutôt éradiquer le Constituant de 2006.

Et quand bien même l'on admettrait l'argument fondé sur la nécessité de réduire le coût financier induit de l'organisation des élections, rien ne peut justifier   politiquement et encore moins juridiquement que le Peuple congolais ait été délibérément écarté, au mépris de ses droits constitutionnellement protégés, du débat sur les choix cruciaux engageant le destin de toute la Nation. Le passage en force de cette révision constitutionnelle est la énième manifestation avérée de la tactique de l'actuel Chef de l'Etat de vouloir confisquer la souveraineté du peuple en imposant aux Citoyens congolais un régime politique autocratique et liberticide.

Cette démarche renferme les germes de la rupture du pacte républicain, fondé sur le consensus, dont la Constitution du 18 février 2006 adoptée par référendum est précisément le reflet.

L'institution d'un tour unique pour l'élection présidentielle aura pour conséquence inéluctable, le rétrécissement de la légitimité du chef de l'Etat, avec comme corollaire, la multiplication des contestations de son pouvoir et replongera le pays dans l'instabilité.

On ne peut donc présenter comme exemplaire et laisser libre l'homme qui s'est laissé aller à  des violences inutiles et qui a ruiné l'espoir d'une régénération pacifique de la nation congolaise. Et ce, même si nous devons comprendre la logique des situations. Et penser qu'il aurait pu changer la face du Congo. Pour autant, et quelque explication que l'on puisse donner aux fautes, excès ou crimes ou aux débordements inexcusables, j'écarte résolument la perspective de voir les congolais faire entrer un jour cette catégorie d'homme au Panthéon des hommes illustres du Congo Zaïre.

Quoi qu'il en soit, et quand bien même n'aurais-je eu du Congo que la vision grandiose qu'un congolais né en 1960 passionné de l'histoire douloureuse de son pays pouvait en avoir dans une époque d'affaiblissement général et de démoralisation nationale, ce que j'ai vu du pouvoir politique en République Démocratique Congo et de son système de gouvernement depuis février 2001 m'a enseigné qu'il n'y avait rien de lui à aimer. Rien à espérer non plus. Il se nourrissait de sa décadence. Il n'est pas douteux que la perspective de voir la fonction présidentielle confisquée de nouveau en 2011 par le clan des descendants de l'AFDL, de leurs nouveaux alliés opportunistes et par un enfant soldat venu d'outre lac disposant de l'appui aveugle de certaines puissances occultes est une assurance peu réjouissante d'exil extérieur perpétuel. Mais la liberté peut regarder la gloire en face.

Nous sommes tous conscients que l'actuel Chef de l'Etat ne nourrit aucune ambition pour ce pays. Au contraire, il travaille chaque jour et à chaque instant à  l'affaiblissement de l'Etat et à la ruine du peuple congolais et sous cet angle seulement, son bilan est « positif ». Il ne donne à voir aucune perspective crédible, aucun projet et aucune perspective stratégique pour sortir le Congo de l'impasse. Et malgré cela, il veut encore solliciter l'onction du suffrage. Comment pourra-t-il accomplir en cinq ans ce qu'il n'a pas été capable de faire en dix ans ? L'expérience « joséphiste » est une triste parenthèse de l'histoire politique du Congo que nous devons rapidement refermer.

Nous sommes, certes, écrasés par la douleur de million de morts de nos compatriotes depuis le déclenchement de la crise des Grands lacs. Nous sommes, certes, écrasés par le poids de l'humiliation infligée à notre pays. Mais, grâce à la ténacité et à l'énergie du désespoir nous n'avons pas renoncé au combat pour la survie de notre pays. Je crois que ce traumatisme de l'humiliation est maintenant bien digéré et c'est animé par un sentiment volontaire, une envie de réagir, de faire taire les railleries, de relever la tête que nous devons entamer cette nouvelle phase politique dans notre pays. Il faut combattre cette fragilité psychologique et ce manque de confiance pour répartir de l'avant. Nous devons renouveler cette croyance fondamentale héritée des pères de l'indépendance nationale et qui remonte au 4 janvier 1959 et sacralisée le 30 juin 1960 qu'au Congo notre destin n'est pas écrit pour nous, mais par nous.
Ce n'est donc pas le moment de céder à la peur et à la panique, c'est le moment de montrer de la détermination et des capacités à changer le cours de notre histoire nationale. Nous devons nous rassembler pour rétablir la confiance dans la nation congolaise. Je pense que ce n'est pas par les discours, mais dans l'engagement que doit s'accomplir l'acte solennel d'une manifestation de volonté par laquelle les Congolais doivent exprimés leur décision de refonder, pour l'avenir, un Etat congolais et d'élever, de nouveau, la République au Congo Zaïre à la hauteur d'un symbole.

Et si donc, par impossible, aujourd'hui surgissait une équipe des patriotes, soucieuse de dignité pour le Congo Zaïre et de justice pour les Congolais, qui travaille à rendre à notre pays la sécurité dans l'honneur et la prospérité dans la justice, sans supprimer nos libertés fondamentales au nom d'un mystique despotisme éclairé et providentiel, elle aurait bien mérité de la patrie.

C'est donc au nom du Congo Zaïre, et de son peuple, et de tous ses morts que maintenant nous devons combattre l'absurde pour faire réapparaître l'Etat congolais. L'Etat légitime, parce qu'il doit reposer sur l'intérêt et le sentiment de la nation congolaise ; l'Etat dont la souveraineté réelle est transportée ailleurs, par cette arnaque politique d'outre-tombe qualifiée d'Accord global inclusif, tandis que la servitude nationale n'en conserve que l'apparence; l'Etat sauvegardé dans ses droits, sa dignité, son autorité, au milieu des vicissitudes, du dénuement et de l'intrigue politique; l'Etat préservé des ingérences de l'étranger et capable de traiter d'égal à égal avec les autres nations « civilisées »; l'Etat capable de rétablir autour de lui l'unité nationale et la cohésion sociale, de préserver l'ordre public, de faire rendre la justice et de commencer sa reconstruction[2] dans une sous région d'Afrique centrale et des Grands lacs réconciliée, pacifiée, stabilisée et prospère.


1 Voir en ce sens Jacques Attali  : c'était François Mitterand, Paris, Fayard, 2005, p.9
2 Voir en ce sens, le Général de Gaulle, Discours de Bayeux, 16 juin 1946.