Frédéric Boyenga-Bofala
Nécessité d'un Plan quinquennal

Chapitre Préliminaire

Sur la nécessité d'un Plan quinquennal pour le règlement définitif de la crise congolaise, le rétablissement et le maintien de la sécurité et de la paix dans la Région des Grands lacs et la relance du processus d'intégration régionale

Si nous voulons régler définitivement la crise qui sévi, depuis une décennie, dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo et toute la Région des Grands lacs, nous devons mettre sur pied un plan politique de prévisions plus actif que la politique qui est menée jusqu'à présent. Nous avons besoin non seulement d'un plan à cause du caractère compliqué de l'opération de stabilisation et de pacification du Congo et de toute la Région des Grands lacs, avec toutes ses incidences politiques, sécuritaires, économiques et sociales, mais aussi d'un timing rigoureux qui nous aidera à vaincre les résistances inévitables et à franchir les obstacles imprévus.

On ne peut sans un Plan d'orientation crédible et un timing rigoureux restaurer l'autorité de l'Etat, rétablir l'intégrité du territoire, former une nouvelle armée nationale, intégrée et dotée d'une capacité de défense active et réactive, normaliser la situation diplomatique du pays, poser de nouveaux jalons solides à la relance de l'économie nationale, organiser rapidement des élections et créer les conditions d'un jeu démocratique qui pourrait alors se dérouler dans la transparence et dans une conjoncture propre à la préservation de la paix sociale et politique.

Il s'ensuit que pour parachever le processus initié par la Conférence nationale souveraine et relancé par le Dialogue inter congolais, notre résolution est aujourd'hui de mettre fin aux gesticulations « politiciennes » et de conduire avec fermeté et détermination, sans atermoiements funestes, par un décisif et responsable processus politique, le Congo Zaïre à la stabilité, à la démocratie et à la prospérité dans la paix.

C'est parce que je suis foncièrement convaincu que l'« irréversible » processus électoral soutenu vigoureusement par la Communauté internationale peut être une catastrophe que j'aspire à voir tous ceux qui œuvrent pour la restauration de l'Etat démocratique au Congo, être animés du désir de fixer une politique graduelle et de prévisions, dans le cadre de laquelle seraient coordonnés les différents aspects de chaque phase du processus de stabilisation politique et sécuritaire, et d'émancipation démocratique. Car une telle politique ne peut se concevoir que par paliers successifs. Cela équivaut donc à recommander l'adoption d'un plan d'action crédible et l'établissement d'un timing bien défini et soigneusement chronométré de l'évolution politique et de l'organisation des élections démocratiques.

Cinq ans est un délai d'équilibre entre ce qui serait idéalement souhaitable et ce qui nous menace, si nous ne nous engageons pas dans une politique de prévision claire et loyale. C'est en grande partie ce terme final fixé et connu (5 ans) qui nous permettra de garder la confiance, et d'entretenir la patience du peuple congolais.

Cette période de 5 ans s'explique donc par le sérieux qui doit s'attacher à  la reconstruction de la République. Croire que 60 mois suffisent pour assurer le nettoyage des blessures et des frasques de la longue période trouble que traverse notre pays depuis 1997, c'est avoir une vision dans les orientations de notre avenir. Je refuse l'aventurisme et l'improvisation. Notre ambition est de marquer le retour à la stabilité politique du sceau de la renaissance. Il s'agit de poser de robustes jalons qui pourront éviter qu'un jour, la République ne sombre à nouveau, aussi facilement qu'on a déjà eu l'occasion de le constater, dans le chaos.

Et aucun homme politique averti ne contestera qu'il soit possible, en cinq ans, de pacifier intégralement le Congo et de stabiliser toute la région des Grands lacs, de doter le pays, progressivement, d'une armée, d'institutions politiques modernes qui tiennent compte des structures traditionnelles valables, là où celles-ci subsistent et qui, à chaque niveau accorde des responsabilités à l'intérieur des horizons locaux et régionaux et, enfin nationaux, afin que successivement, il puisse mieux se rendre compte des intérêts qu'il a à gérer.

C'est pour garantir de telles bases solides à la refondation nationale que j'appelle toutes les forces vives de la Nation à s'inscrire dans une démarche de rigueur et de construction en profondeur. Il est impérieux pour la réussite de notre action de nous rassembler au delà de nos frontières idéologiques, au delà de nos clivages politiques traditionnels, de constituer un noyau cohérent, vigoureux, qui ne s'use pas dans les vaines querelles politiciennes, d'accepter les sacrifices. Aucun succès durable ne saurait être attendu d'un processus politique qui a été bâti sur des bases superficielles. Nous aurons donc cinq années d'action gouvernementale pour traduire en actes un projet de société mobilisateur. Soixante mois pour redonner à la jeunesse confiance en son avenir, pour restaurer la confiance et retrouver l'espérance, pour réformer en écoutant.

Aujourd'hui et depuis plus d'une décennie notre pays traverse, sur tous les plans, la crise la plus grave de son histoire depuis son accession à la souveraineté. Nous devons nous regarder en face et reconnaître que notre gestion, de l'indépendance nationale acquise dans la douleur, est un échec. Ainsi donc ont été vains tous les sacrifices et toutes les privations pour arracher notre souveraineté. C'est en vain que les fils et les filles du Congo avaient souffert, vaines les heures interminables pendant lesquelles, étreints par l'angoisse de la mort, ils accomplissaient néanmoins leur devoir ?

Nous allons reconstruire notre pays sur tant de ruines et de désastres. Nous devons nous remettre fondamentalement en cause en nous engageant, sur le plan tant politique qu'économique, dans des voies nouvelles. Ce plan quinquennal est une ambition mobilisatrice qui exige de nous de créer un nouvel élan patriotique, vigoureux, qui ne s'use pas dans les vaines querelles politiciennes, inspiré par d'autres ambitions que des investitures politiques, et d'accepter les sacrifices.

Je suis conscient du prix de toutes ces heures qui seront enlevées à la vie de famille, au légitime désir de repos, aux loisirs, au nécessaire retour sur soi. Naguère les fils et les filles du Congo Zaïre ont accepté d'en faire le sacrifice pour une cause qui dépasse chacun d'entre eux. Nous devons à notre tour avoir la force de le refaire, et l'esprit des fils et filles du Congo Zaïre qui sont morts pour la patrie nous accompagnera dans cette action jusqu'à la reconstruction complète de notre pays.

Nous devons songer, pour reprendre courage, aux fils et filles du Congo qui, dès 1958, ont commencé seuls le combat de la liberté qu'ils n'avaient que peu de chances de voir aboutir. Ils ont cheminé dans un tunnel en ne pouvant qu'imaginer la couleur qu'aurait le ciel du Congo Zaïre à  l'autre bout. Nous devons avoir leur force, leur ténacité, leur foi pour redonner à la jeunesse confiance en son avenir, pour restaurer la confiance et retrouver l'espérance, pour traduire en actes ce plan quinquennal qui a pour ambition :

  • La mise en place d'un processus viable de stabilisation politique et d'émancipation démocratique, économique et sociale en République Démocratique du Congo
  • Le règlement définitif de la crise des Grands lacs pour le rétablissement et le maintien de la paix et de la sécurité dans la sous-région, la pacification totale et la stabilisation du Congo.
  • La relance du processus global de l'intégration régionale, il est question des propositions pour la mise en place d'un partenariat confédéral sous régional.