Frédéric Boyenga-Bofala
Troisième Partie

TROISIEME PARTIE

La relance du processus global de l'intégration régionale.

Propositions pour la mise en place d'un partenariat confédéral régional entre les Etats de l'Afrique centrale, des Grands lacs et le Soudan du Sud : l'Union confédérale

 

De l'histoire agitée et douloureuse du Congo Zaïre j'ai une idée roborative : au fond, je crois que malgré toutes les tentatives pour le balkaniser, le Congo Zaïre est destiné à demeurer le Congo Zaïre, il ne changera pas d'adresse, et que une sous région de l'Afrique centrale et des Grands lacs organisée est son destin. Et je ferai ce que je peux et ce que je dois pour en faire avancer l'idéal. Mon ambition est d'entreprendre une oeuvre de reconstruction et de modernisation du Congo, parallèle à l'oeuvre de l'organisation de notre sous région d'Afrique centrale et des Grands lacs en une sous région unique et confédérée.

Avec la crise congolaise, une grande partie de l'Afrique centrale est une région détruite par une décennie des guerres fratricides. Dans la perspective de l'instauration d'une paix durable et effective dans notre Espace régional, il convient aujourd'hui de déployer les énergies nécessaires pour mettre un terme définitif à cette situation qui couvre d'une hypothèque grave l'avenir de nos peuples. Aussi je propose la mise en place d'une nouvelle réalité politique, économique et juridique entre les Etats de notre espace sous régional élargi, une sous région unique, aux fins d'exercer en commun certaines de leurs compétences. Cette dernière, qui doit se réaliser dans le strict respect de l'identité nationale de chacune des Parties contractantes, aurait pour objectif :

- de mettre en œuvre une politique de sécurité et de défense commune pour la sécurisation et la sauvegarde de l'intégrité de notre espace vital sous régional, pour assurer ensemble et de manière plus efficace la défense commune des frontières des Etats membres contre les dangers extérieurs;

- de mieux contrôler et mieux gérer les flux migratoires entre les Etats membres ;

- de créer un axe économique, politique et culturel important, afin de contribuer puissamment à la cohésion géopolitique et à la stabilité de notre Région;

- d'instaurer, à côté de la nationalité de chacun des Etats membres, une citoyenneté unique de l'Union confédérale.

L'impulsion à la construction de la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale, dans l'immédiat après des longues années d'affrontement et de division, est donc ma manière, pour affirmer vigoureusement l'ardente obligation d'une Sous Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale unie. C'est en même temps une manière de faire comprendre aux Etats de notre espace régional ressurgis de leurs ruines les bienfaits d'une coopération en vue de la reconstruction de leurs économies, de la réorganisation de leur sécurité et de leur défense collective. Elle exprime le ferme espoir que cette coopération intime, inspirée du large souci de faire droit à l'attente de nos peuples et aux aspirations de notre conscience collective, fournira les éléments d'entente et de réconciliation permettant d'instituer, avec une organisation de type confédéral, le cadre durable de cette coopération de l'Afrique centrale, des Grands lacs et du Soudan du Sud.

Le relèvement de la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale est donc une nécessité. Une nécessité guidée par une triple exigence : une exigence de paix, une exigence économique et une exigence de survie.

Nous ne pouvons nous contenter de l'immobilisme quand autour de nous le monde est en mouvement. Nos peuples doivent réapprendre à vivre ensemble sous des règles et des institutions communes librement consenties s'ils veulent atteindre les dimensions nécessaires à leur progrès et garder la maîtrise de leur destin. Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes qui déchirent actuellement notre espace régional. Les peuples de la Région des Grands lacs, de l'Afrique centrale et du Soudan du Sud doivent avoir à tout instant la possibilité d'entrer en contact, de discuter leurs intérêts, de prendre des résolutions communes, d'établir entre eux un lien de solidarité, qui leur permette de faire face, au moment voulu, à des circonstances graves, si elles venaient à naître. Aussi, je préconise la création entre tous les Etats de la sous Région un partenariat confédéral constructif, une Union, afin de promouvoir davantage la sécurité et la stabilité dans une Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale libre et débarrassée de toute division, en tenant compte des aspects politiques, économiques, sociaux et écologiques, comme de l'indispensable dimension de Sécurité et de Défense.

Il s'agit d'édifier une construction répondant concrètement à tous les besoins logiques d'une vaste ébauche de mécanisme confédéral dans les Grands lacs et l'Afrique centrale. Mais, en se gardant au contraire de toute anticipation de l'esprit, de s'attacher pratiquement à la réalisation effective d'un premier mode de contact et de solidarité constante, après ces longues années de guerre et de déchirure, entre Gouvernements, pour le règlement en commun de tous problèmes intéressant l'organisation de la paix et l'aménagement rationnel des forces vitales de la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale. Notre proposition repose sur l'objectif immédiat du règlement définitif des crises qui déchirent nos peuples et la réconciliation de nos Etats. Le rassemblement des nations de l'Afrique centrale, des Grands lacs, et du Soudan du Sud dans une organisation régionale confédérale exige que l'inimitié entre les Etats de la Région soit éliminée de notre conscience collective : l'action entreprise doit toucher au premier chef le Rwanda et le Congo ZaïreAinsi comme il a été déjà souligné, c'est une grande ambition, un objectif qui peut paraître à certains irréalisable, en tout cas de très longue haleine ; il exigera un persévérant effort. Il ne sera peut-être pas plus aisé d'harmoniser des intérêts politiques qui ont été fabriqués par plus d'une décennie de combats militaires, d'influences diplomatiques, d'inimitiés, parfois de haines entre nos peuples ; et pourtant, il faudra bien le faire.

Le règlement des principaux problèmes, matériels et moraux, consécutifs à une décennie de guerre aura bientôt libéré la nouvelle Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale de ce qui grevait le plus lourdement sa psychologie, autant que son économie. La Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale doit être dès maintenant, avec des hommes de bonne volonté, disponible pour un effort positif et qui réponde à un ordre nouveau. Heure décisive, où la nouvelle Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale attentive peut disposer elle-même de son propre destin. S'unir pour vivre et prospérer : telle est la stricte nécessité devant laquelle se trouvent désormais les Nations de l'espace régional des Grands lacs et de l'Afrique centrale.

Mon souci est de voir s'instaurer une véritable paix dans notre espace sous régional à travers une Organisation bien structurée. Unir et rassembler comme ont su le faire les Etats-Unis d'Amérique, comme l'Europe l'a fait, comme on aperçoit naître des unions dans le Sud-est asiatique, en Afrique, ce n'est qu'un début. La synthèse entre cette tendance au regroupement pour éviter les dissentiments inutiles et, d'autre part, le besoin de chaque individu, de chaque groupe d'individus d'affirmer son identité. Il s'agit donc sur la base d'une coopération intime et sur la stricte observation du principe de l'uti possidetis iuris garantissant l'intangibilité des frontières étatiques, de mettre en place une Organisation de type confédéral réunissant les Etats des Grands lacs, de l'Afrique Centrale et le Soudan du Sud. Voilà la tâche qui nous attend pour la réconciliation et la paix dans notre Espace régional commun.