Frédéric Boyenga-Bofala
L’instauration D’un Espace Économique Dynamique Et Unique De l’Afrique Centrale

TITRE II

L'instauration d'un espace économique dynamique et unique de l'Afrique centrale, des Grands lacs et du Soudan du Sud 

 

Chapitre 1

Un axe économique, politique et culturel important entre l'Afrique centrale et dans la Région des Grands lacs

Depuis plus d'une décennie, la Région des Grands lacs n'est plus en déclin comme au début des années quatre-vingt-dix. Elle est tout simplement en ruine. Il en est de même pour le Darfour au Soudan. De ce point de vue, l'instauration d'espace économique effective est une réponse à une double nécessité : la nécessité de reconstruire des économies dévastées, d'une part, l'exigence de s'adapter à la nouvelle donne de l'après-guerre, d'autre part, en assurant aux pays de la future Confédération un véritable potentiel de croissance et de compétitivité. L'interdépendance économique entre le Congo Zaïre et les Etats des Grands lacs, de l'Afrique centrale et du Soudan du Sud est, semble-t-il, le point d'orgue des rapports qui lient les populations de notre espace régional. Cependant, force est de reconnaître que les échanges économiques et commerciaux entre les Etats de la Région souffrent, malheureusement, d'une absence manifeste de coordination ambitieuse. Un renforcement de ces liens est un préalable indispensable au développement économique de nos Etats. J'estime, somme toute, qu'une simple coordination des politiques économiques de nos pays ne pourrait être satisfaisante. Il faudrait donc aller au-delà des expériences actuelles. De manière concrète, Je propose la mise en place d'une Union économique véritable entre le Congo Zaïre et les Etats des Grands lacs, de l'Afrique centrale et du Soudan du Sud, laquelle sera fondée sur des critères de convergence bien définis. L'Union économique ainsi préconisée devra être le prélude d'un ensemble économique plus vaste et intégré selon la théorie des trois bassins, développée dans l'Agenda économique de l'UNIR MN. 

Au reste, la consolidation des liens économiques entre les Etats membres de la Confédération ne pourra que cristalliser cette union sans cesse plus étroite entre les peuples de notre espace régional, par l'approfondissement de la solidarité entre ceux-ci. 

Je préconise d'une part rapidement la mise en place d'une politique des alliances avec les pays de la Région des Grands lacs après ces longues années de guerre. Il s'agit d'une véritable Ostpolitik en direction du Rwanda, de l'Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie. Le Congo Zaïre partage ses frontières à l'Est avec ces quatre pays. Ses populations commercent volontiers avec les habitants de ces Etats ; parfois même l'économie de certaines régions frontalières est intimement liée à celle du voisin. L'orientation vers l'Est ou politique de l'Est est donc fondée sur la volonté de bâtir une paix durable, mais aussi sur le sentiment que la reconstruction des régions dévastées ne peut résulter que d'un effort commun. Cette orientation vers l'Est doit rencontrer l'adhésion de tous les peuples de la Région des Grands lacs. Il faut prendre garde de ne pas laisser s'installer chez les populations de cette région une sorte de refus de l'autre.

D'autre part, je juge nécessaire de renforcer en amont l'union étroite qui existe, depuis la nuit des temps, entre les peuples du Congo Zaïre, du Congo-Brazzaville, de l'Angola, de la République Centrafricaine, du Gabon et aussi du Cameroun. Il est, à titre d'exemple, vrai que, au-delà des frontières juridiques, qui plus est artificielles, les Congo Zaïrois et les Congo Brazzavillois ne constituent, au fond, qu'un seul et même peuple. En effet, le Congo Zaïre et le Congo-Brazzaville sont non seulement deux Etats voisins, mais encore et surtout deux entités juridiques étroitement liées par des mêmes réalités tant géographiques, historiques, linguistiques, socioculturelles, qu'économiques, voire politiques.

Je considère, en effet, qu'une économie unie de l'Afrique centrale, des Grands lacs, et du Soudan du Sud forte et prospère est essentielle pour sauvegarder les libertés individuelles, accroître le bien-être général et qu'elle contribuera au maintien de la paix. Nous estimons que seule une coopération étroite et durable de nos Etats permet de restaurer et de maintenir la prospérité de la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale, et de relever les ruines des guerres. Aussi nous pensons qu'il est plus qu'urgent de relancer, d'unifier et de fondre dans un creuset commun la coopération économique dans le cadre de la Communauté des Pays des Grands lacs (CPGL) et celle de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique centrale (CEEAC), et à atteindre les objectifs qu'elles définissent, notamment à établir rapidement des conditions économiques saines qui permettront aux Etats de la région de parvenir aussitôt que possible et de se maintenir à  un niveau d'activité satisfaisant avec aide extérieure d'un caractère exceptionnel de nos partenaires historiques : à savoir l'Union européenne et ses Etats membres et les Etats-Unis d'Amérique. En effet, dans son état actuel de région sinistrée, la Région des Grands lacs et d'Afrique centrale, ne peut être véritablement redressée qu'avec le concours de la coopération structurelle extérieure. Une véritable opération de restauration de la stabilité dans notre espace régional ne saurait réussir sans le soutien déterminant de nos partenaires historiques. Il faut donc réamorcer les acquis de la coopération avec nos partenaires historiques afin de reconstruire les bases d'une économique dynamique. Sur ce plan, l'action de terrain doit porter sur quatre axes principaux :

1. Mobiliser les énergies nécessaires à la mise en place, dans le cadre multilatéral des garanties pour un retour serein des partenaires internationaux.

2. Solliciter l'expertise de nos partenaires historiques dans le renforcement des dispositifs humains et techniques destinés à préserver la sécurité des investissements.

3. Réhabiliter le potentiel industriel des zones dévastées par la guerre en faisant appel à l'expertise technique de professionnels ayant la meilleure connaissance du terrain, de l'économie et des infrastructures. Une telle opération ne peut aboutir que si nos partenaires historiques sont mis à contribution. Ainsi, les USA, l'Union européenne et certains de ses Etats membres, la Chine, la Russie semblent une fois de plus bien placés pour soutenir l'opération de restauration en ce domaine.

4. Mettre en œuvre les instruments de la coopération UE-ACP pour accentuer l'effort de restauration économique.

Notre principal objectif est de faire matériellement de l'Afrique centrale et de la Région des Grands lacs un grand espace économique visible, dynamique et unifié à l'intérieur duquel les marchandises, les biens et les services, les personnes, les entreprises et les capitaux circulent librement dans les conditions semblables à celles prévalant à l'intérieur d'un territoire national afin de renforcer l'efficacité et le dynamisme des appareils productifs. Nos priorités visent à favoriser la croissance et à développer l'emploi, à faire des efforts pour ramener le niveau de vie de nos populations dans la moyenne du supportable. Pour ce faire, six actions capitales paraissent devoir être menées :

1. Définir une politique régionale de reconstruction destinée à penser les dégâts causés par la guerre aussi bien sur le tissu économique et humain que dans le paysage industriel.

2. Mettre en œuvre une vaste politique des travaux et d'aménagement du territoire régional afin de réhabiliter les infrastructures essentielles à la recentralisation d'une politique de développement régionale capable de servir les populations du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest de l'espace sous-régional de l'Afrique centrale et des Grands lacs.

3. Renforcer le potentiel économique, industriel et humain par un recours aux partenaires historiques afin de mobiliser les acteurs de la coopération internationale.

4. Renforcer la sécurité intérieure et extérieure de nos Etats avec le soutien des mêmes partenaires historiques de manière à accroître les chances de succès d'une véritable politique de régénération économique et sociale régionale.

5. Rénover le dispositif juridique et institutionnel dans chaque Etat pour créer les conditions favorables à la sûreté et à la sécurité des investissements publics et privés, internes et internationaux.

6. Définir les conditions de mise en place d'une Politique Agricole Régionale.

La création d'un espace économique dynamique sera complétée par quelques politiques d'accompagnement :

- Un programme de réseaux transrégionaux. Que du Nord au Sud et de l'Est à l'Ouest, les populations des Etats de l'Afrique centrale et des Grands lacs soient reliées entre elles par des moyens modernes, rapides et sûrs, par le rail, la route ou l'avion ; que les énergies irriguent nos régions, que les informations s'échangent grâce aux techniques et aux infrastructures modernes. Nos priorités visent à améliorer les réseaux routiers et ferroviaires.

- Mettre l'accent sur la dimension sociale des échanges, afin de rappeler la nécessité de bâtir les relations économiques sur le respect des droits fondamentaux des travailleurs, des femmes, des enfants, des organisations sociales, professionnelles.