Frédéric Boyenga-Bofala
Citoyenneté Unique Des Grands Lacs Et De l’Afrique Centrale

Chapitre 2

L'instauration d'une Citoyenneté unique des Grands lacs et de l'Afrique centrale

Pour aller plus en avant dans la concrétisation politique et civique de cette nouvelle organisation, je propose l'institution d'une citoyenneté de la Confédération. Celle-ci devraêtre reconnue à  toute personne ayant la nationalité d'un Etat membre. Ceci dit, la citoyenneté unique ne signifie point nationalité unique, chacune des Parties Contractantes devant impérativement conserver ses compétences en matière d'attribution de la nationalité. La citoyenneté unique au sein de la Confédération devra consister en la mise place progressive d'un espace de liberté, de sécurité et de justice entre les Etats membres.

Pour rendre effective la citoyenneté confédérale, on pourrait instaurer, entre autres, une identité commune pour les ressortissants des Etats membres de la Confédération. L'intérêt d'une telle identité est non seulement d'appliquer un traitement préférentiel aux citoyens de la Confédération, mais aussi et surtout de faciliter la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux entre les Etats membres.

Un meilleur Contrôle et une meilleure Gestion des Flux Migratoires

En dernière analyse, il faudrait noter que la citoyenneté unique devra contribuer à  une meilleure gestion des flux migratoires entre les Etats membres de l'Union confédérale. On peut, à  titre d'exemple, relever que la proximité géographique et culturelle des villes de Kinshasa et de Brazzaville entraîne de facto des situations, soit d'immigration clandestine, soit de libre établissement des uns et/ou des autres. C'est principalement le cas lorsque se greffent aux difficultés économiques des périodes peu ou prou longues de crise politique d'un côté ou de l'autre du Fleuve. En réalité, on doit reconnaître que le Congo-Brazzaville subit   plus qu'il n'entraîne   un flux migratoire très important et, de surcroît, incontrôlé en provenance du Congo Zaïre. Cette situation de fait crée, dans une large mesure, un état d'insécurité, voire d'instabilité sociale, essentiellement à  Brazzaville. Afin de restaurer la paix sociale, pour éviter une immigration massive, pour ne pas dire une invasion des Kinois vers Brazzaville, il semble judicieux de mettre en place un service commun de police et des douanes le long du Fleuve. Qui plus est, au-delà  même de l'invasion probable de Brazzaville, un système permettant de mieux contrôler les flux migratoires entre les deux pays ne pourrait qu'être le seul moyen adéquat de lutte contre la criminalité et le terrorisme international le long du Majestueux Fleuve. Ainsi nous préconisons la liberté de circulation dans un premier, et non la liberté d'établissement qui nécessite beaucoup de choses.

Après avoir longuement décrit ce que le partenariat confédératif des Etats des Grands lacs et de l'Afrique centrale devraitêtre et des objectifs qu'il devrait s'assigner, il reste à  résumer ce qu'il pourrait devenir:

  • 1) Il peut rapidement s'enraciner dans la conscience de nos peuples avec comme objectif à  long terme la citoyenneté unique de l'Afrique centrale, de Grands lacs, et du Sud Soudan vers lequel les efforts les plus variés devraient se porter et avec lequel il y aurait moyen de compter.
  • 2) Cet objectif à  long terme pourrait se concrétiser dès maintenant par l'élaboration des premiers projets d'intégration des Grands lacs et de l'Afrique centrale. Les travaux concrets dans le domaine de sécurité et de défense qui n'ont pas vu le jour jusqu'ici sont la condition première et vitale de toute intégration ultérieure, économique et politique. Ils seront le point de départ, la première démonstration pratique de ce que nous voulons seulement, à  savoir que la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale doit se diriger vers l'unitésur une base confédérative.

En conclusion de cet ouvrage je dirai seulement que, Je ne suis pas un juriste dogmatique de droit international public. Dans aucune de mes propositions pour le règlement de la crise des Grands lacs qui affecte le Congo Zaïre,[1] j'ai appliqué mes théories abstraites. Je me suis efforcé d'avoir toujours une démarche scientifique et pragmatique: observer, évaluer les difficultés, chercher les bonnes solutions. Quand vousêtes juriste devant réfléchir sur une solution à  une crise internationale, vous avez des grilles de réflexion, d'analyse, qui vous aident à  appréhender les problèmes, mais elles ne vous donnent pas de recettes. Celles-ci, c'est à  vous de les imaginer, de les concevoir. Ce livre est le fruit de cette démarche. J'ai la conviction qu'il nous permettra de sortir de l'engrenage de la crise des Grands lacs afin que notre peuple retrouve sa vitalité et sa cohésion. Nous avons un intérêt légitime et stratégique à  assurer la stabilité de la sous région et à  encourager la paix, la justice et la réconciliation au Congo Zaïre. Je souhaite que, tous ensemble, nous bâtissions un Congo Zaïre plus fort, plus juste, plus solidaire et une sous Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale pacifiée et intégrée.


1 Voir Frédéric Boyenga Bofala  : CONGO ZAIRE NOTRE CAUSE, Paris, Publisud, 2003, pp. 60-78