Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

Mot d'acceuil

 « L'enjeux de ce projet est de permettre aux Etats de la sous-région de construire ensembles un destin commun. Réaliser l'Alliance des Etats des Grands Lacs, c'est pour moi, assurer la paix de cent ans, ce que j'appelle la  « paix d'or  » qui permettra la réalisation de ce destin commun  »

—F.B.B.

  Chères et chers lecteurs,

L'ouvrage que je prends la responsabilité de soumettre à votre attention est un Plan d'action pour une paix globale dans la Région des Grands lacs. Il part du constat qu'indépendamment de la victoire récente des FARDC, appuyés par la MONUSCO, sur le M23, et de certains progrès diplomatiques en faveur de la paix, à  l'Est de la RDC, le «processus de paix» fait encore du surplace. Sur le terrain, les faits accomplis de la violence modèlent sans cesse une réalité mouvante et régressive qui risque de faire de l'indicible souffrance des peuples leur unique horizon et de la quête de la paix une pure utopie.

A l'évidence, il faut un plan rigoureux de sortie de crise, une stratégie pour mettre un terme de manière responsable à la crise des Grands lacs qui oppose la RDC, le Rwanda, l'Ouganda et le Burundi. C'est le Plan d'action stratégique quinquennal que je propose à la communauté internationale ainsi qu'aux Congolais et à  tous les peuples de la Région des Grands lacs et de l'Afrique centrale. Mais sortir de la crise, c'est également ébaucher un programme pour notre avenir commun pour qu'il n'y ait plus jamais de guerre entre nos pays. Cet avenir commun passe, n'en doutez pas, par le rassemblement des Etats des Grands lacs, c'est-à -dire par la réalisation d'une Alliance intime entre les peuples de la RDC, du Rwanda, de l'Ouganda, du Burundi, de la Tanzanie et du Soudan du Sud. C'est l'« Alliance confédérale des Etas des Grands lacs » (ACEGL) que j'appelle de mes voeux.

Si je me suis autorisé l'audace de rédiger cet ouvrage, c'est parce que je croisêtre en mesure d'offrir un autre point de vue sur la destinée de la crise des Grands Lacs qui oppose mon pays, la RDC, au Rwanda et à  l'Ouganda. Il est désormais vital d'abandonner les fausses promesses, les utopies du passé et de rompre avec l'immobilisme. Une perception et une position moins réductrices, plus équilibrées et plus fines s'imposent à l'évidence dans la manière dont nous devons, ensemble, procéder pour mettre un terme à cette crise. Ce Plan est un chemin nouveau, celui d'une responsabilité assumée, pour déboucher à l'Alliance entre nos pays, nos peuples, et celui d'une vision de l'avenir « inclusive » donnant à chacun le sentiment qu'il appartient enfin à un futur commun.

Il n'y a pas d'alternative au règlement définitif de la crise des Grands Lacs. J'espère dès lors que cette réflexion, nourrie de mes convictions, permettra de démontrer que le réel et le réalisme politique ne sont pas incompatibles avec une légitime ambition de changer une situation désespérée. Aujourd'hui, mon souci, prenant la plume, est de dire à  tous, Congolais, Rwandais, Ougandais, que tout malheur appelle d'abord un examen de conscience. Quand les rêves d'une génération tombent en cendres, en arrive une autre pour ranimer la flamme. L'histoire des relations internationales m'a enseigné le dégout des positions politiques extrêmes, la méfiance à l'égard des vérités exclusives. Je suis contre tous ces « nationalismes mortifères » qui ont plongé et continuent de plonger les hommes dans la déchirure. Il est des choses plus importantes que l'orgueil national, par exemple la survie de la nation, sans laquelle ledit orgueil national ne serait plus qu'une sinistre plaisanterie. Citoyen et patriote congolais, je ne prétends pas pour autant être « au-dessus de la mêlée ». C'est pourquoi je le dis, non par-dessus la mêlée, mais dans la mêlée elle-même, j'aime trop mon pays pour être nationaliste, j'épouse ses querelles et mon sort est à jamais lié au sien. Mais cela ne m'empêche pas de juger durement l'absence de sa doctrine d'action, ses atermoiements et ses indécisions dans la gestion de cette crise sans fin depuis son déclenchement, où chacun, Congolais, Rwandais, Ougandais, en a largement sa part. Je prie tout le monde de considérer cet ouvrage comme un appel raisonné à nos Etats et à la Communauté internationale à faire ce qu'ils doivent pour mettre un terme à cette tragédie de l'aveuglement et de l'impuissance à laquelle nous assistons depuis 17 ans à l'Est du Congo.

Ce Plan renouvelle mon engagement déjà ancien en faveur d'un rassemblement des Etats des Grands lacs, il trace une voie pour demain et il met en garde contre les erreurs à éviter. Sur cette base, je suis résolu à faire en sorte que l'Alliance que je propose entre nos Etats contribue à l'instauration d'un état de paix et de sécurité stable et durable dans tous les Etats membres. J'invite la République démocratique du Congo, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan du Sud à se joindre pour réaliser cet idéal commun. Je sais que le Congo, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan du Sud ne perdraient rien, au contraire, à s'ouvrir sur une société plus large. Pour reprendre un mot qui ne m'appartient pas, on ne montre pas sa grandeur pour être à une extrémité, mais bien en touchant les deux à la fois, et remplissant tout l'entre-deux, disait Pascal.

Réaliser l'Alliance des Etats des Grands lacs, c'est pour moi assurer la paix de cent ans, la « paix d'or » dans cette partie de l'Afrique et du Monde qui a connu et connaît quelques tragédies très sombres de l'histoire de l'homme, c'est permettre aux Etats qui en feraient partie de s'organiser « à l'échelle humaine » comme le disait Léon BLUM. Je défends à la fois l'ouverture des frontières et la formation d'un espace politique intégré à l'échelle de notre sous région, je fonde ma position sur la nécessité d'élever une organisation, l'Alliance, à la hauteur des défis qui l'attendent, et qui ferait toute sa place à l'exercice de la citoyenneté.

Je suis convaincu que ce Plan de paix prendra toute sa signification avec le temps, quand demain sera devenu aujourd'hui. N'en doutez pas, l'avenir de la Région des Grands lacs passe par l'Alliance intime entre ses Etats. Nous avons là une belle et grande cause à défendre. Pour la faire triompher c'est moins d'espérance dont nous avons besoin que de volonté. Et de volonté politique plus que de simple volonté humaine. Ne désespérons donc pas. Il suffit d'un rien pour que tout reparte pour le mieux dans la Région des Grands lacs. Et ce rien viendra. Je voudrais seulement que l'on éteigne d'abord la chandelle de la guerre pour que nos peuples vivent en paix. Les conditions de la paix à l'Est du Congo sont désormais connues dans leurs grandes lignes, voire dans leurs moindres détails. Connues, et aussi largement admises. Il suffit de les traduire en un accord de paix en bonne et due forme. C'est pourquoi ce livre se veut aussi un message d'espoir. Restons fidèles à nous-mêmes. Relions le passé et le futur, et nous pourrons, l'esprit apaisé et en paix, passer le témoin à ceux qui vont nous suivre.

Ce plan d'action, je l'offre à mon pays, à mes compatriotes et à tous les peuples de la Région des Grands lacs qui aspirent par dessus tout à la paix et à la sécurité. Je les incite à s'en approprier les idées, à réfléchir et à en débattre ensemble.

C'est ainsi que se forgeront leurs consciences et que bientôt l'éclat de du jour chassant les ténèbres la grande lumière commencera à paraître au Congo-Zaïre et dans la Région des Grands lacs.

Frédéric Boyenga Bofala

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