Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

En guise de conclusion

Si je me suis autorisé l'audace de rédiger cet ouvrage, c'est parce que je croisêtre en mesure d'offrir un autre point de vue sur la destinée de la crise des Grands Lacs qui oppose mon pays, la République démocratique du Congo, à  ses voisins, le Rwanda et l'Ouganda. Et que j'aimerais mettre au service de cette cause mes petites connaissances acquises en droit international et relations internationales, d'o๠je puise ma réflexion pour mon engagement politique. Il est désormais vital d'abandonner les fausses promesses, les utopies du passé et de rompre avec l'immobilisme. Une perception et une position moins réductrices, plus équilibrées et plus fines s'imposent à  l'évidence dans la manière dont nous devons, ensemble, procéder pour mettre un terme à  cette crise. Il est possible de sortir de la crise actuelle en empruntant un chemin très nouveau : celui de la responsabilité assumée, pour déboucher à  l'Alliance entre nos pays, entre nos peuples et celui de ma vision de l'avenir  « inclusive  », c'est-à -dire donnant à  chacun le sentiment qu'il appartient à  un futur commun.

Il n'y a pas d'alternative au règlement définitif de la crise des Grands Lacs. C'est cette conviction que j'ai voulue mettre à  l'épreuve de la réflexion dans cet ouvrage où je rassemble toutes les raisons que nous avons d'espérer, malgré tout, en l'avenir de la paix entre nos pays. J'ai tenu à  y préserver ma liberté de réflexion, et mes analyses, de ce fait, n'engagent personne d'autre que moi. J'espère simplement que cette réflexion, nourrie de mes convictions, permettra de démontrer que le réel et le réalisme politique ne sont pas incompatibles avec une légitime ambition de changer une situation désespérée. Aujourd'hui, mon souci, prenant la plume, est de dire à  tous, Congolais, Rwandais, Ougandais, que tout malheur appelle d'abord un examen de conscience. Quand les rêves d'une génération tombent en cendres, en arrive une autre pour ranimer la flamme. L'histoire des relations internationales m'a enseigné le dégout des positions politiques extrêmes, la méfiance à  l'égard des vérités exclusives. Je suis contre tous ces  « nationalismes mortifères  » qui ont plongé et continuent de plonger les hommes dans la déchirure. Il est des choses plus importantes que l'orgueil national, par exemple la survie de la nation, sans laquelle ledit orgueil national ne serait plus qu'une sinistre plaisanterie. Citoyen et patriote congolais, je ne prétends pas pour autantêtre  « au-dessus de la mêlée  ». C'est pourquoi je le dis, non par-dessus la mêlée, mais dans la mêlée elle-même, j'aime trop mon pays pourêtre nationaliste, j'épouse ses querelles et mon sort est à  jamais lié au sien. Mais cela ne m'empêche pas de juger durement l'absence de sa doctrine d'action, ses atermoiements et ses indécisions dans la gestion de cette crise sans fin depuis son déclenchement, où chacun, Congolais, Rwandais, Ougandais, en a largement sa part. Je prie tout le monde de considérer cet ouvrage comme un appel raisonné à  nos Etats et à  la Communauté internationale à  faire ce qu'ils doivent pour mettre un terme à  cette tragédie de l'aveuglement et de l'impuissance à  laquelle nous assistons depuis 17 ans à  l'Est de la RDC. Car, à  l'Est de la RDC, seul le  « processus de paix  » fait du surplace. Sur le terrain, les faits accomplis de la violence modèlent sans cesse une réalité mouvante et régressive, qui risque de faire de l'indicible souffrance des peuples leur unique horizon et de la quête de la paix une pure utopie.

Ce Plan que je soumets à  l'appréciation de tous, est une ébauche d'un programme pour notre avenir commun, il propose une stratégie pour mettre un terme de manière responsable à  la crise des Grands Lacs, il renouvelle mon engagement déjà  ancien en faveur d'un rassemblement des Etats des Grands Lacs, il trace une voie pour demain et il met en garde contre les erreurs à  éviter. Sur cette base, je suis résolu à  faire en sorte que l'Alliance que je propose entre nos Etats contribue à  l'instauration d'un état de paix et de sécurité stable et durable dans tous les Etats membres. J'invite la République démocratique du Congo, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie, le Soudan du Sud à  se joindre pour réaliser cet idéal commun. Je sais que la RDC, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan du Sud ne perdraient rien, au contraire, à  s'ouvrir sur une société plus large. Pour reprendre un mot qui ne m'appartient pas, on ne montre pas sa grandeur pourêtre à  une extrémité, mais bien en touchant les deux à  la fois, et remplissant tout l'entre-deux, disait Pascal.

Réaliser l'Alliance des Etats des Grands Lacs, c'est pour moi assurer la paix de cent ans, la  « paix d'or  » dans cette partie de l'Afrique et du Monde qui a connu et connaît quelques tragédies très sombres de l'Histoire de l'homme, c'est permettre aux Etats qui en feraient partie de s'organiser  « à  l'échelle humaine  » comme le disait Léon BLUM. Je défends à  la fois l'ouverture des frontières et la formation d'un espace politique intégré à  l'échelle de notre sous région, je fonde ma position sur la nécessité d'élever une organisation, l'Alliance, à  la hauteur des défis qui l'attendent, et qui ferait toute sa place à  l'exercice de la citoyenneté.

Je suis convaincu que ce Plan de paix prendra toute sa signification avec le temps, quand demain sera devenu aujourd'hui. N'en doutez pas, l'avenir de la région des Grands Lacs passe par l'Alliance intime entre ses Etats. Nous avons là  une belle et grande cause à  défendre. Pour la faire triompher c'est moins d'espérance dont nous avons besoin que de volonté. Et de volonté politique plus que de simple volonté humaine. Ne désespérons donc pas. Il suffit d'un rien pour que tout reparte pour le mieux dans la région des Grands Lacs. Et ce rien viendra. Je voudrais seulement que l'on éteigne d'abord la chandelle de la guerre pour que nos peuples vivent en paix. Les conditions de la paix à  l'Est de la RDC sont désormais connues dans leurs grandes lignes, voire dans leurs moindres détails. Connues, et aussi largement admises. Il suffit de les traduire en un accord de paix en bonne et due forme. C'est pourquoi ce livre se veut aussi un message d'espoir. Restons fidèles à  nous-mêmes. Relions le passé et le futur, et nous pourrons, l'esprit apaisé et en paix, passer le témoin à  ceux qui vont nous suivre.

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