Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

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L'instauration d'un espace économique de
l'Alliance des Etats des Grands Lacs
Un dessein imaginatif, ambitieux, porteur d'avenir et de progrès

Il n'est surtout pas vrai qu'une organisation de la région des Grands Lacs même puisseêtre féconde si elle est purement politique et si elle n'a pas des fondements économiques. Dans une région comme celle des Grands Lacs, l'interdépendance économique est une réalité ; la prospérité est collective comme la sécurité, indivisible comme la paix. C'est évidemment la sécurité et la prospérité économique et sociale des peuples de la région qui me préoccupent essentiellement. Le maintien de la paix dans la région des Grands Lacs est indissolublement lié au progrès de la solidarité entre nos peuples.

Dans son volet économique, l'Alliance aura pour mission, par l'établissement d'un espace économique commun et par le rapprochement progressif des politiques économiques des Etats membres, de reconstruire des zones d'activités dévastées par la guerre. Je considère, à  cet effet, qu'une économie unie des Etats membres de l'Alliance forte et prospère est essentielle pour sauvegarder les libertés individuelles, accroître le bien-être général et qu'elle contribuera au maintien de la paix. J'estime que seule une coopération étroite et durable de nos Etats permettra de restaurer et de maintenir la prospérité de la région des Grands Lacs et de relever les ruines des guerres.

L'interdépendance économique entre la République démocratique du Congo et les Etats des Grands Lacs, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie, est, semble-t-il, le point d'orgue des rapports qui lient les populations de notre espace régional. Cependant, force est de reconnaître que les échanges économiques et commerciaux entre les Etats de la région souffrent, malheureusement à  cause des troubles, d'une absence manifeste de coordination ambitieuse que la CEPGL aurait dà» assurer. Un renforcement de ces liens est donc un préalable indispensable au développement économique de nos Etats. J'estime, somme toute, que même une simple coordination des politiques économiques de nos pays ne pourraitêtre satisfaisante. Il faudrait donc aller au-delà  des expériences passées. De ce point de vue, l'instauration d'espace économique effective est une réponse à  une double nécessité : la nécessité de reconstruire des économies dévastées, d'une part, l'exigence de s'adapter à  la nouvelle donne de l'après-guerre, d'autre part, en assurant aux pays de la future Alliance un véritable potentiel de croissance et de compétitivité.

L'Alliance aura pour mission, par l'établissement d'un Espace économique comportant un marché commun et plus tard une union économique et monétaire, de promouvoir un développement harmonieux et équilibré des activités économiques dans l'ensemble de l'Alliance, une expansion continue et équilibrée, une stabilité accrue, une croissance durable et non inflationniste respectant l'environnement, un bon degré de convergence des performances économiques, un niveau d'emploi et de protection sociale acceptable, le relèvement du niveau et de la qualité de la vie après une décennie de guerres et de désastres humains, la cohésion économique et la solidarité entre les Etats membres. Cet engagement doitêtre inscrit dans l'Accord solennel sur la fin de la crise des Grands Lacs.

1. Le marché commun de l'Alliance

Dans mon esprit, la notion de marché commun de l'Alliance visera à  l'élimination de toutes les entraves aux échanges à  l'intérieur de l'Alliance en vue de la fusion des marchés nationaux dans un marché commun réalisant des conditions aussi proches que possible de celles d'un véritable marché intérieur. Le démantèlement des frontières intérieures, symbole de nos divisions et des luttes fratricides qui ont endeuillés nos peuples, constituera le signe le plus marquant d'une réalité nouvelle et sans précédent dans l'histoire de notre région.

Les Etats de l'Alliance des Grands Lacs devront se fixer comme objectif prioritaire la réalisation complète et définitive d'un marché commun dans lequel les personnes, les marchandises, les services, les capitaux circuleront librement dans des conditions semblables à  celles prévalant à  l'intérieur d'un territoire national afin de renforcer l'efficacité et le dynamisme des appareils productifs. Nos priorités visent à  favoriser la croissance et à  développer l'emploi, à  faire des efforts pour ramener le niveau de vie de nos populations dans la moyenne du supportable.

Le marché commun que nous réaliserons ensemble concernera tout citoyen de l'Alliance. C'est une révolution tranquille que nous mènerons à  bien dans la certitude qu'elle répond à  une nécessité absolue et à  un espoir : l'Alliance de nos Etats, l'union de nos peuples, notre objectif final. La création de ce marché commun sera complétée par quelques politiques d'accompagnement : une politique agricole de l'Alliance et une coopération intime entre les Etats membres de l'Alliance dans l'exploitation et la gestion commune des ressources et richesses naturelles communes.

Mais ce marché commun de l'Alliance ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble, mais par des réalisations concrètes et prudentes. Il convient donc d'adopter une démarche prudente mais décidée, en fixant des étapes si on veut éviter des à -coups brutaux et néfastes.

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