Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

La dimension monétaire du marché commun de l'Alliance

Le marché commun de l'Alliance, en intensifiant l'interdépendance économique entre les Etats membres, réduira forcement l'autonomie de manoeuvre des Etats membres et amplifiera les effets au-delà  des frontières des politiques de développement qui seront mises en oeuvre au niveau national. Une coordination plus efficace des politiques économiques nationales sera donc indispensable, de même qu'il conviendra aussi de mettre en oeuvre des politiques communes destinées à  assurer un développement globalement équilibré.

La réalisation avec succès du marché commun de l'Alliance dépendra donc essentiellement d'une coordination plus étroite des politiques économiques nationales et d'une plus grande efficacité des politiques communes. Cela impliquera qu'un certain nombre de mesures qui devront conduire à  l'union économique et monétaire de l'Alliance devrontêtre adoptées au cours de la réalisation progressive du marché commun de l'Alliance.

J'estime que quelques conditions seront nécessaires pour réaliser une union monétaire de l'Alliance : garantie d'une convertibilité totale irréversible des monnaies entre elles, libéralisation complète des mouvements de capitaux et intégration définitive des marchés bancaires et des autres marchés financiers, élimination des marges de fluctuation et fixation irrévocable des parités monétaires. Et pour aboutir à  l'union économique et monétaire de l'Alliance, je pense qu'il faudra une démarche à  trois étapes. L'objectif de la première étape sera la réalisation complète d'un espace financier unifié à  l'intérieur duquel tous les instruments monétaires et financiers devront circuler librement, tandis que les services du secteur bancaire, des valeurs mobilières et des assurances devrontêtre fournis dans des conditions uniformes à  l'intérieur de l'Alliance. En outre, toutes les monnaies des Etats membres devront participer au système monétaire de l'Alliance qui sera mis en place.

Au cours de la seconde étape sera institué le système des banques centrales de l'Alliance, qui jouera un rôle progressivement de plus en plus déterminant dans la formulation et l'application de la politique monétaire commune de l'Alliance.

La troisième et dernière étape commencerait par le passage à  des parités irrévocablement fixes et par l'octroi aux institutions de l'Alliance de toutes les prérogatives économiques et monétaires. Le but à  atteindre sera le remplacement des monnaies nationales par une monnaie unique de l'Alliance. La solidarité monétaire qui sera ainsi nouée manifestera que toute guerre des Grands Lacs entre les Etats membres de l'Alliance devient non seulement impensable, mais matériellement impossible. Ainsi sera réalisée simplement et rapidement la fusion d'intérêts indispensable à  l'établissement d'une alliance intime et profonde entre des pays longtemps opposés par une crise sanglante.

Nous devons éliminer les barrières psychologiques qui morcèlent notre région. Il nous faudra éliminer ou réduire les autres obstacles, qui ne sont pas minces : y compris les barrières physiques qui freinent la fluidité de la circulation des hommes, des marchandises et des idées. C'est à  cette vaste entreprise que je proposerai le programme des réseaux trans-alliances. Que du nord au sud et de l'Est à  l'ouest du territoire de l'Alliance des Etats des Grands Lacs, les citoyens de l'Alliance soient reliés entre eux par des moyens modernes rapides et sà»rs, par la route, l'avion ou le rail ; que les énergies irriguent nos régions, que les informations s'échangent grâce aux techniques aux infrastructures les plus avancées. Enseignons également l'avènement de l'Alliance : apprenons-la à  nos enfants. Que l'école les prépare à  devenir des citoyens de l'Alliance, qu'elle développera l'enseignement de l'histoire, de la géographie et des cultures des pays de l'Alliance. Nous Mettrons l'accent sur les jumelages scolaires, universitaires, sur les échanges d'élèves et d'étudiants ; nous insisterons sur le plurilinguisme. Un autre objectif à  atteindre est, bien sà»r, l'union économique et monétaire de l'Alliance : c'est pour moi le complément naturel et indispensable du marché commun de l'Alliance, sans quoi le marché commun de l'Alliance deviendra une charte de l'anarchie et le lieu des concurrences les plus illicites. Mais les marchés ne sont que des moyens, des mécanismes dominés trop souvent par la loi du plus fort ; des mécanismes qui peuvent engendrer l'injustice, l'exclusion, la dépendance si des contrepoids nécessaires n'y sont pas apportés par ceux qui peuvent s'appuyer sur la légitimité démocratique. A côté des marchés, nous devons prévoir dans l'Alliance la place pour les activités économiques et sociales fondées sur la solidarité, la coopération, l'association, la mutualité, bref, le service de l'intérêt général. Nous tracerons ensemble le contour de l'Alliance sociale. Et je proposerai qu'en liaison avec les partenaires sociaux dans chaque Etat membre que nous prenions des initiatives dans les domaines de la formation, de l'éducation, de l'organisation du travail, de la lutte contre les exclusions. Rien ne se fera vraiment si les partenaires sociaux (syndicats, ONG) ne trouvent pas la place qui doitêtre la leur dans la construction de l'Alliance. Et puis, nous mettrons également l'accent sur la dimension sociale des échanges, afin de rappeler la nécessité de bâtir le marché commun de l'Alliance sur le respect des droits fondamentaux des travailleurs, des femmes, des enfants, des organisations sociales, professionnelles. Le soin avec lequel on se doit de préserver les libertés de l'individu et les règles protectrices de droit ne devra pasêtre un frein pour la création de l'Alliance.

DANS cette RUBRIQUE

↑ HAUT DE PAGE