Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

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Une politique agricole commune des Etats de l'Alliance des Grands Lacs

Le marché commun de l'Alliance s'étendra à  l'agriculture et au commerce des produits agricoles. En effet, il semble impossible pour toute une série de raisons, de laisser l'agriculture en marge du processus d'intégration des Grands Lacs que je propose que l'on mette en mouvement. Il s'agit d'un choix politique et surtout économique fondé sur un certain nombre de facteurs conformes à  l'Accord de Genève sur la règle dite de l'essentiel des échanges commerciaux. Il faut entendre par là  que les membres de l'union économique régionale en formation doivent intégrer dans celle-ci la presque totalité des secteurs économiques.

La mise en place d'une politique agricole commune aux Etats membres contribuera à  l'autosuffisance alimentaire de l'Alliance. Il sera aussi question de transformer l'agriculture en secteur économique moderne et compétitif, en accompagnant les mutations nécessaires (regroupements, élargissement de la taille des exploitations, meilleure spécialisation). Et surtout, il s'agira de relever le niveau de vie d'une population agricole ou paysanne encore fort nombreuse et dont le revenu est très faible voir même inexistant. Les agriculteurs et les paysans ne pourront que profiter d'un marché agricole commun, à  la condition du moins que celui-ci soit organisé. Se trouve ici l'idée selon laquelle l'agriculture ne pourra s'intégrer dans le marché commun de l'Alliance, sans une politique volontariste d'accompagnement qui lui permettra d'une part de préserver son identité sur le plan humain et social, et d'autre part de se développer sur le plan économique. Une politique agricole commune des Etats membres devra accompagner le marché commun de l'Alliance pour les produits agricoles. Cela veut dire que les règles prévues pour l'établissement du marché commun s'appliqueront aux produits agricoles et, notamment l'union douanière, la libre circulation des personnes, des marchandises, des services et des capitaux. Et par produits agricoles, il s'agira des produits du sol, de l'élevage et de la pêcherie, ainsi que les produits de première transformation qui sont en rapport direct avec ces produits.

Cette politique agricole répondra à  une double volonté : accroître la production agricole et améliorer les conditions de vie et de travail des agriculteurs des Etats membres de l'Alliance. Il s'agit surtout de moderniser l'agriculture et d'accompagner un exode rural qui s'accélère. Le but est d'augmenter la production non seulement pour satisfaire les besoins intérieurs mais également pour accroître les exportations. Concrètement cela signifie la nécessité de faire évoluer une agriculture régionale essentiellement familiale, paysanne et extensive afin de la rendre plus compétitive. C'est à  cela que va s'attacher la politique agricole et d'aménagement de l'espace rural dans un contexte d'accélération de l'exode rural, de désertification de l'espace rural, d'abandon des métiers de la terre et de diminution du nombre d'exploitations conséquences de la crise que traverse le monde agricole dans la région des Grands Lacs à  cause de l'état de guerre qui prévaut depuis dix sept ans à  l'Est de la RDC.

Les objectifs de cette politique agricole commune de l'Alliance : l'accroissement de la productivité, la stabilisation des marchés, la sécurité des approvisionnements, le relèvement du niveau de vie de la population agricole, la modernisation des espaces ruraux, la professionnalisation du milieu agricole, l'augmentation du rendement individuel par des apports techniques, l'organisation de la production, de l'écoulement et de la commercialisation des produits à  des prix raisonnablement rémunérateurs, la mise en place du mécanismes des organisations communes des marchés pour chaque produit agricole.

L'accroissement de la productivité sera le pivot de la politique agricole de l'Alliance. Les moyens pour atteindre cet objectif : le développement du progrès technique, le développement rationnel de la production, un emploi optimum des facteurs de production, notamment de la main d'oeuvre. L'augmentation de la production ne constituera pas un but en soi, mais simplement un moyen pour améliorer la productivité. C'est pourquoi j'insiste sur le caractère  « rationnel  » du développement de la production. Mon objectif, c'est l'augmentation rationnelle d'une production agricole encore très insuffisante. Il faut accroître la production pour réduire la vulnérabilité alimentaire des Etats des Grands Lacs. Il en va de même de l'allusion au progrès technique. L'agriculture actuelle dans l'ensemble des pays des Grands Lacs   où domine le modèle de la petite exploitation familiale et souvent paysanne   demeure techniquement très rudimentaire dans l'ensemble. Un effort de modernisation et de mécanisation s'avère indispensable. Mais dans une région où la question de la fertilité du sol ne se pose pas, l'augmentation rationnelle de la production ne requerra pas l'utilisation sur plus grande échelle des produits intermédiaires   tels les engrais et pesticides   qui permettent certes, d'améliorer les rendements des sols mais qui nuisent à  l'environnement.

La prise en compte des préoccupations environnementales ne sera pas un obstacle à  la mise en place d'une politique agricole de l'Alliance, bien au contraire. Les méfaits des techniques modernes de production qui sacrifieraient la nature et la qualité des sols au nom des impératifs de rentabilité économique seront pris en compte dans la réalisation de cette politique agricole de l'Alliance.

Je plaiderai pour une meilleure formation des agriculteurs, une mécanisation du travail, mais l'interdiction de l'utilisation de produits chimiques comme les engrais, ce qui aura pour effet de développer une agriculture biologique et écologique respectueuse de notre riche patrimoine environnemental régional.

La politique agricole de l'Alliance aura pour but d'assurer un niveau de vie équitable à  la population agricole, notamment par le relèvement du revenu individuel de ceux qui travaillent dans l'agriculture. Il importera donc également d'assurer la stabilisation des marchés si l'on veut atteindre les autres objectifs de cette politique agricole et notamment les objectifs sociaux : comment assurer un revenu équitable aux producteurs sans stabilité et comment offrir des prix raisonnables aux consommateurs face à  des marchés soumis à  des variations erratiques du fait de l'inorganisation de la production, encore plus des circuits commerciaux et des consommateurs ?

Le financement de cette politique agricole de l'Alliance pourraêtre assuré par la mise en place d'un fonds d'orientation et de garantie agricole qui sera constitué par des contributions étatiques et par des ressources propres prélevées sur la TVA sur les produits agricoles.

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