Frédéric Boyenga-Bofala
De la fin de la crise des Grands Lacs

3
La mise en place d'une coopération intime entre les
Etats membres de l'Alliance dans l'exploitation et la
gestion communes des ressources et richesses naturelles
communes :

La création d'un secteur minier de l'Alliance

La région des Grands lacs dispose d'un large éventail de ressources minières et énergétiques telles que le gaz, le pétrole et autres minerais d'importance dont une exploitation intelligente et coordonnée pourra permettre un développement rapide des pays de l'Alliance. A titre d'exemples et la liste n'est pas exhaustive, on trouve le Nickel au Burundi ; le Colombium niobium (colombite) en RDC et en Ouganda, le Rwanda détient des réserves conjoncturelles de ce minerai ; on trouve le Tantale, l'Etain et le Tungstène en RDC et au Rwanda ; le coltan localisé principalement en RDC.

Et, considérant qu'il est souhaitable d'encourager et de favoriser la relance de la coopération régionale en vue du développement économique des Etats des Grands Lacs, de la relance des activités économiques sous régionales, de la reconstruction des zones dévastées par une décennie des guerres, ainsi que pour faire taire toutes ces querelles sur l'exploitation illégale, la prédation des richesses et mettre un terme à  cette crise, j'invite la République démocratique du Congo, le Rwanda, l'Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Soudan du Sud à  inscrire l'exploitation et la gestion commune des ressources naturelles communes des Grands lacs dans un processus d'intégration régionale à  travers une organisation commune ouverte à  la participation de tous les Etats des Grands lacs désireux d'y prendre part.

Dans ce contexte, l'Alliance confédérale des Etats des Grands Lacs, l'Alliance, examinera, par le biais d'une réunion spéciale des ministres des Mines des Etats membres, le projet sur le développement d'un modèle de coopération régionale intime et d'une cadre réglementaire pour les ressources minières. Ce projet formera la base de l'harmonisation des politiques minières dans l'Alliance, dont le point de départ sera l'adoption par chaque Etat membre du Protocole sur les mines de l'Alliance et qui sera arrêté à  l'issue de la Conférence au sommet des chefs d'Etats de l'Alliance qui suivra la réunion spéciale des ministres des mines. Ce Protocole sur les mines de l'Alliance visera en effet la création d'un secteur minier dynamique, capable de contribuer au développement économique, à  la réduction de la pauvreté et à  l'amélioration du niveau et de la qualité de vie conformément aux objectifs communs de l'Alliance. Au sens de ce Protocole, les principes suivants seront appliqués :

Les Etats membres conviendront que l'exploitation commune des ressources naturelles devraêtre le fondement de la coopération pour le développement local et devra servir de catalyseur pour les transformations économiques et les changements sociaux dans les Etats membres de l'Alliance ;

En vue d'atteindre ces objectifs, il sera créé un secteur minier de l'Alliance : étant étendu qu'un secteur minier se définit comme l'ensemble des industries extractives, y compris les minéraux énergétiques, et les industries d'élaboration jusqu'au stade du métal si elles sont intégrées avec une mine ;

Pour assurer aux pays de l'Alliance une exploitation optimale de leurs ressources minières et la meilleure utilisation possible de la main-d'oeuvre locale, une Haute Autorité de coordination du secteur minier relevant de l'Alliance sera créée aux fins d'élaborer une stratégie commune minière de l'Alliance. Dans ce sens, pour optimiser les impacts socio-économiques des investissements qui seront dotés à  tous les niveaux à  cet effet, une série d'ateliers de réflexion et de consultation sera menée pour assurer une bonne intégration du secteur minier dans le développement de l'Alliance ;

Les Etats membres chercheront à  harmoniser les politiques, stratégies et programmes nationaux et régionaux liés au développement et à  l'exploitation des ressources minières;

Les Etats membres favoriseront le développement du pouvoir économique des Etats défavorisés dans le secteur minier ;

Les Etats membres accepteront que leurs gouvernements et l'Alliance améliorent la disponibilité de l'information publique au secteur privé, aux Etats membres et à  d'autres pays ;

Les Etats membres entreprendront de développer conjointement et examiner les normes de santé et de sécurité dans les mines et la protection de l'environnement qui sont internationalement reconnus.

Un Plan Stratégique Minier constituera l'instrument opérationnel du Protocole Minier et visera la concrétisation de ses objectifs, auxquels sont associés des objectifs subsidiaires ainsi qu'une liste d'actions prioritaires sous la forme d'un plan de mise en oeuvre. Ce plan couvrira les domaines suivants :

Protocole sur les mines - examen des questions suivantes : cadre institutionnel, harmonisation des politiques, capacités et financement ;

Information, géologie, identification des ressources et richesses naturelles communes - production et diffusion efficiente des informations;

Exploitation minière, commercialisation et traitement des minéraux, promotion des investissements dans le secteur ;

Le développement des petites mines travaillant dans les pierres précieuses et la mise en place d'une industrie de transformation ; il faudra créer un organisme qui achètera les minerais aux petits exploitants, aux  « creuseurs  » à  des prix en rapports avec ceux qui sont pratiqués sur le marché mondial, la mise en oeuvre de projets d'exploitation minière de petite dimension et la création d'industries connexes dans les pays de l'Alliance - appui à  fournir au développement de ce sous-secteur dans la région ;

Développement des ressources humaines et technologies - développement des compétences et de la technologie ; protection de l'environnement - normes et initiatives environnementales ; intégration des questions de genre au sein du secteur minier - contribuer à  la participation active des femmes à  ce secteur ;

L'acquisition et l'exploitation de concessions minières situées sur le territoire d'un Etat membre par un ressortissant d'un autre Etat membre de l'Alliance dans le cadre de la libre circulation et du droit d'établissement dans l'Alliance.

La présence de ressources minérales précieuses dans le sous-sol de nos pays devra donc permettre un flux de recettes importantes qui permettront à  l'Alliance de financer son développement économique et social. J'invite les Etats membres de l'Alliance à  s'associer pour faire de l'exploitation commune de nos richesses et ressources naturelles communes une véritable locomotive de développement par son effet d'entraînement au profit d'autres secteurs économiques (infrastructures routières, ferroviaires ; infrastructures tertiaires ; agriculture régionale, développement des ressources énergétiques locales). De la même façon, je pense que la création de pôles de développement minier, dans des régions économiquement défavorisées mais à  fort potentiel géologique permettra la localisation d'industries de base (première transformation du minerai) à  proximité immédiate des sites d'exploitation ; ce qui permettra aux Etats membres de l'Alliance d'augmenter sensiblement la valeur ajoutée des produits exportés. Le secteur minier et énergétique devra, enfin, contribuer à  diversifier les activités économiques locales, fournir des matières premières à  l'industrie locale, participer au développement régional et à  l'amélioration de l'infrastructure physique, créer des possibilités d'emploi à  tous les niveaux et favoriser l'acquisition de technologie. Dans ce domaine l'Alliance devra établir un partenariat intelligent entre ses Etats membres et certains pays amis industrialisés pour l'exploitation de certains minerais hautement stratégiques et découverts récemment dans notre sous-sol. Une vision prospective et une politique minière devront donc caractériser la stratégie du développement dans notre Alliance.

DANS cette RUBRIQUE

  

↑ HAUT DE PAGE