Frédéric Boyenga-Bofala
2. L’organisation du dialogue ultime et éclairé : le Synode national sur la relance et l’achèvement du processus démocratique

2. L’organisation du dialogue ultime et éclairé : le Synode national sur la relance et l’achèvement du processus démocratique

Si je parle du dialogue ultime et éclairé, c’est parce que je pense qu’il est temps de mettre fin au cercle vicieux des dialogues éternels, des concertations politiques afin de sortir définitivement le pays des cycles des impasses politiques. Mettons définitivement fin au couple impasse politique-dialogue. Ce cycle infernal empêche le pays d’avancer. Décidons une fois pour toute de quelle République, de quel système politique et institutionnel nous voulons pour la République Démocratique du Congo. Je pense qu’il faut changer le système ou le réformer en profondeur. Je pense qu’il faut maintenant, durant le Synode, poser clairement la question du changement institutionnel, proposer la révision globale de la Constitution ou proposer une nouvelle Constitution pour un nouveau régime politique réellement démocratique dans son esprit, dans sa lettre et dans sa pratique.

J’ose espérer que le Synode rétablira les habitudes plus humaines qui permirent à nos parents de trouver des solutions à nos problèmes : qu’il s’agisse de la Table ronde ou d’autres rencontres d’intérêt national qui ont eu lieu pour mettre fin aux crises politiques qui ont souvent plongé notre pays dans le chaos ; et dans le silence des affrontements, il fera taire la violence et donnera la parole à la raison.

Ce synode doit permettre de trouver des solutions exhaustives à toutes les difficultés et aux doutes qui menacent l’avancement du processus démocratique. Nous profiterons de l’occasion de ce Synode pour intéresser l’ensemble des Congolais à la réflexion sur les institutions de la République. Nous aurons ainsi des institutions fortes, de cette force que seuls donnent l’assentiment et l’adhésion populaires.

Je pense que si nous voulons vraiment sortir définitivement le pays de l’impasse,  mettre un terme de manière responsable à la crise, relancer et achever le processus démocratique et électoral, nous devons mettre sur pied un plan stratégique de prévisions plus actif que la politique qui est menée jusqu'à présent. Il convient donc d’adopter une démarche prudente mais décidée, en fixant une échéance et des étapes si on veut éviter des à-coups brutaux et néfastes. Nous avons besoin non seulement d'un plan à cause de l’importance des réformes, avec toutes ses incidences politiques, sécuritaires, économiques et sociales, mais aussi d'un timing rigoureux qui nous aidera à vaincre les résistances inévitables, à franchir les obstacles imprévus et à mettre en œuvre des réformes nécessaires.

C'est parce que je suis foncièrement convaincu que l'«irréversible» processus électoral soutenu vigoureusement par les potentiels candidats à la fonction présidentielle peut être une catastrophe que j’aspire à voir tous ceux qui œuvrent pour la restauration de l'Etat démocratique en RDC, être animés du désir de fixer une politique graduelle et de prévisions, dans le cadre de laquelle seraient coordonnés les différents aspects de chaque phase du processus de stabilisation politique et d'émancipation démocratique. Car une telle politique ne peut se concevoir que par paliers successifs. Cela équivaut donc à recommander l'adoption d'un plan d'action crédible et l’établissement d’un timing bien défini et soigneusement chronométré de l’évolution politique et de l’organisation des élections démocratiques.

On ne peut sans un plan d’orientation crédible et un timing rigoureux, relancer et achever le processus démocratique et électoral, effectuer le recensement général de la population congolaise, revoir complètement le fichier électoral, arrêter un calendrier électoral crédible, mettre en place un schéma politico institutionnel novateur afin de retrouver une logique institutionnelle et une cohérence fonctionnelle pour une gestion, claire et efficace des affaires de l’Etat, et mettre en place une politique de régionalisation accélérée pour accompagner la décentralisation.

Jawaharlal NEHRU disait : « Lorsque les peuples comprennent que vous allez dans une certaine direction, ils sont optimistes. Ils sont prêts à s’accommoder d’un délai, d’un bref délai, parce qu’ils savent qu’ils vont quelque part. Ce n’est que lorsqu’ils n’ont pas l’impression d’avancer qu’ils se mettent en colère ». Je pense que deux ans est un délai d'équilibre entre ce qui serait idéalement souhaitable et ce qui nous menace, si nous ne nous engageons pas dans une politique de prévision claire et loyale. Mais l’achèvement  du processus démocratique et électoral peut intervenir avant deux ans si tout le monde y mettait de la volonté. Cette période de deux ans s’explique donc par le sérieux qui doit s’attacher au règlement de tous les problèmes qui sont à la base de la crise politique. Croire que vingt quatre mois peuvent suffire pour sortir le pays de l’impasse, relancer et achever le processus démocratique et électoral, c’est avoir une vision dans les orientations de notre avenir commun. Je refuse l’aventurisme et l’improvisation. Mon ambition est de marquer le retour à la stabilité du sceau de la renaissance congolaise. Il s’agit de poser de robustes jalons qui pourront éviter qu’un jour, la République Démocratique du Congo ne retombe à nouveau, aussi facilement qu’on a déjà eu l’occasion de le constater, dans le cycle vicieux du chaos politique-dialogue-concertation politique.

Et aucun homme politique averti ne contestera qu'il soit possible, en deux ans, avec un plan stratégique et une perspective claire, de sortir de l’impasse politique, de relancer et achever le processus démocratique et de préserver la paix de la RDC. J’ai la conviction que ce Synode national nous permettra de sortir de l’engrenage de la crise afin que la République Démocratique du Congo retrouve sa vitalité et sa cohésion.

Ce Synode doit être l’occasion pour nous Congolais de cheminer ensemble, de demeurer ensemble, de faire route ensemble, de franchir le même seuil. C’est donc un mouvement de rassemblement national. Le recours à l’expression synode implique pour moi un nouvel état d’esprit. C’est pour garantir des bases solides à la refondation nationale que j’appelle toutes les forces vives de la Nation à s’inscrire dans cette démarche de rigueur et de construction en profondeur. Il est impérieux pour la réussite de notre action de nous rassembler au-delà de nos frontières idéologiques, au-delà de nos clivages politiques traditionnels, de constituer un noyau cohérent, vigoureux, qui ne s’use pas dans les vaines querelles politiciennes, d’accepter les sacrifices. Aucun succès durable ne saurait être attendu d’un processus politique qui a été bâti sur des bases superficielles. Avec cette Conférence synodale, nous aurons l’occasion non seulement de mettre un terme de manière responsable à l’impasse politique, mais également de traduire en actes un projet mobilisateur pour la relance et l’achèvement du processus démocratique et électoral en RDC. Les décisions arrêtées par la Conférence synodale seront d’application directe et erga omnes.

C’est à nos Anciens, réunis au sein de la Geronsia, de nous guider, de nous montrer la voie qui nous permet de sortir de l’impasse en nous facilitant le dialogue. Ils doivent nous guider vers la flamme de l’espérance en facilitant la tenue de ce dialogue ultime et éclairé. C’est une mission sacrée pour nos anciens réunis au sein de la Geronsia de nous aider à nous libérer de nos propres turpitudes et de nous aider à arriver jusqu’aux cimes de la souveraineté. C’est mon appel.

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