Frédéric Boyenga-Bofala
II. Quelles sont les missions de la Geronsia, ce Conseil National des Anciens ?

II. Quelles sont les missions de la Geronsia, ce Conseil National des Anciens ?

La Geronsia aura principalement deux missions importantes : dans un premier temps, elle doit faire accepter une recommandation sur l’exigence patriotique d’une collaboration active de toute la classe politique ainsi que les acteurs de la société civile en République Démocratique du Congo pour sortir le pays de l’impasse politique par le dialogue. Cette première phase nécessitera l’ouverture d’un pré dialogue pour apaisement et normalisation.

Dans un deuxième temps, elle doit organiser sous l’égide de l’Etat, un dialogue ultime et éclairé sur l’arrêt définitif de la crise politique, la relance et l’achèvement du processus démocratique et électoral en République Démocratique du Congo, ce Synode que j’appelle de mes vœux.

1. L’organisation d’un pré dialogue : apaisement et normalisation

Dans ce pré dialogue, la Geronsia doit faire accepter une recommandation sur l’exigence patriotique d’une collaboration active de toute la classe politique ainsi que les acteurs de la société civile  pour sortir le pays de l’impasse politique par le dialogue. Dans cette optique le sens de la recommandation est celui d’une « invitation responsable ». Elle sera émise avec l’intention de ne pas obliger ses destinataires. Ils agiront en leur âme et conscience. Le rôle de la Geronsia devra consister à concilier les prétentions opposées et apaiser les ressentiments qui existent entre les hommes politiques congolais de la majorité et de l’opposition ainsi que les acteurs de la société civile. Il s’agit de mettre fin à l’agitation ; du retour à la quiétude ; de la désescalade.

La Geronsia aura pour première mission de rétablir un contact véritable et sincère entre les hommes politiques congolais. Il s’agit en l’espèce de les rapprocher, d’instaurer dans un premier temps un pré dialogue. Ce pré dialogue consiste à rapprocher des points de vue divergents par le biais de la négociation. Cette négociation sous l’égide de la Geronsia est indispensable à l’ajustement des intérêts opposés. Elle est donc compromis, recherche d’équilibre : elle réduira les tensions et permettra de façon inespérée aux Congolais de se parler. Cette négociation congolaise, de façon ultime, symbolise le mélange de confrontation et coopération qui réunira la majorité présidentielle et l’opposition à la recherche d’un compromis entre des intérêts divergents et communs dans l’intérêt supérieur de la Nation congolaise. L’objectif de la négociation dans ce pré dialogue, c’est la normalisation : il s’agira pour les Congolais de redresser une situation politique anormale et de consacrer un accord politique auquel ils viendront de parvenir. C’est seulement durant cette négociation considérée comme un mode simple de solution de la crise congolaise, qu’ensemble, nous définirons les objectifs et la finalité du grand dialogue ou Synode que j’appelle de tous mes vœux. C’est donc, grâce à l’action de la Geronsia que des véritables négociations pourront reprendre entre l’opposition politique et la majorité présidentielle et permettre de sortir le pays de l’impasse politique.

Au-delà d’une reprise de contact,  j’invite le Conseil à conseiller  aux Congolais, dans ce pré dialogue, l’observation de quelques principes simples mais incontournables. Et j’estime que la réussite de la mission du Conseil National des Anciens exige au préalable, l’observation par les Congolais de quelques principes simples mais incontournables.

Mais quel doit être en fait l’objet de la négociation dans le pré dialogue ? Je pense qu’il n’est pas d’aboutir à je ne sais quel illusoire compromis politique qui se développerait dans l’ignorance des intérêts fondamentaux de l’Etat. Mais je pense qu’il n’est pas non plus d’aboutir coûte que coûte et dans le mépris de toute autre considération, au triomphe des intérêts primaires des uns et des autres, car ce triomphe serait à la longue illusoire.  L’objet de la négociation, c’est d’accepter préalablement l’objectif du dialogue qui est de mettre fin, de mettre un terme de manière responsable à cette crise et d’œuvrer pour sa réalisation. Cela implique le changement dans les attitudes et les comportements dans la négociation. Je sais que le succès de cette négociation comme moyen de mettre fin à cette crise demeure conditionné par un certain nombre d’exigences. C’est pourquoi je demande qu’on prenne tous les problèmes à bras le corps et qu’ils soient réglés définitivement pour que le Synode ait des chances d’aboutir.

Ainsi comme je l’ai relevé dans mon plan : ma conviction est faite : il n’y a pas actuellement dans cette crise politique de problèmes insolubles. Quand on regarde les problèmes sans complaisance, ils ne sont pas insurmontables. Pour l’essentiel, ce sont les hommes politiques qui les créent ou les entretiennent, par manque de confiance en eux et aussi et surtout du fait de l’impuissance psychologique à décider de la fin de ce conflit. Or, pour que ce pré dialogue aboutisse, il y faut la volonté et la faculté de décision. N’excluons donc de ce pré dialogue aucun sujet quel qu’il soit. Je propose que tous les problèmes, dans les limites du bon sens, soient discutés. Je ne sais s’il y a une réponse acceptable par tous à tous les problèmes. Mais nul doute qu’il y a des problèmes et que non résolus ils pèseront d’un poids tragique et durable sur notre pays. Mon intention est de faire appel à l’esprit de compréhension de tous. J’estime que nous sommes arrivés à un moment où, au-delà des divergences et des polémiques, il faut faire un gros effort pour essayer de se comprendre. Car c’est seulement une certaine compréhension mutuelle qui fera disparaître la tension, l’inquiétude et aussi l’angoisse qui règnent aujourd’hui dans trop d’esprits.

Dans ce pré dialogue, nous devons changer de perspective. J’invite les hommes politiques congolais à la modération qui consiste à réduire ses ambitions, à tempérer ses passions pour parvenir à un accord sur la fin de la crise. Je rappelle l’impérieux besoin d’effacer, dans ce pré dialogue, ses préférences personnelles et égoïstes au bénéfice des intérêts supérieurs de la Nation, avec bonne foi et avec la volonté et la loyauté de donner aux décisions acquises le maximum d’efficacité. Je rappelle mon espérance de développer un véritable esprit national. Je plaide pour la recherche d’une communauté de destin grâce à la pratique de la vertu de compréhension, même si les intérêts immédiats des uns et des autres sont parfois contradictoires. Et j’invite tous les Congolais à partager avec moi ce nouvel état d’esprit : on ne négociera plus pour faire triompher uniquement les intérêts primaires des uns et des autres, car ce triomphe serait à la longue illusoire. On négociera désormais pour sortir le pays de l’impasse, pour aboutir à un Accord solennel sur la fin de la crise, pour relancer et achever le processus démocratique, pour réformer en profondeur notre système politique et institutionnel, pour redynamiser la décentralisation avec des véritables transferts de compétences et de finances. C’est l’ensemble de toutes ces questions qui doit être au centre du Synode national.

TOUTES LES RUBRIQUES